Avion de chasse abattu : Ankara réagira

TURKEY PLANE. M. Sherman / The Associated Press

ANKARA, Turquie - La Turquie promet de ne pas laisser sans réponse la perte de l'un de ses avions de chasse, abattu vendredi par la Syrie au-dessus de la Méditerranée. En pleine tension entre Damas et Ankara, le président turc Abdullah Gül a prévenu que le pays prendrait les «mesures nécessaires», tout en admettant que l'appareil avait peut-être violé par mégarde l'espace aérien syrien.

Les autorités turques veulent d'abord établir les circonstances exactes de l'incident, a souligné le chef de l'État, cité par l'agence de presse Anatolie.

«Notre enquête s'attachera à déterminer si l'avion a été abattu à l'intérieur de nos frontières ou non», a-t-il dit, expliquant qu'il arrivait régulièrement que des avions de chasse volant à très grande vitesse violent brièvement l'espace aérien d'autres pays.

«Ce sont des incidents de routine», a-t-il insisté. Ils «ne sont pas intentionnels et se produisent en raison de la vitesse» des appareils.

«Est-ce que c'était le cas, ou est-ce que (l'incident) s'est produit dans notre propre espace aérien», la vérité émergera, a-t-il conclu. Mais «personne ne doit douter que les (mesures) nécessaires seront prises», a promis le chef de l'État, sans donner de détails.

Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale Faruk Celik a précisé de son côté que le pays riposterait «soit dans le champ diplomatique, soit apporterait d'autres types de réponse».

«Même en admettant qu'il y ait eu une violation de l'espace aérien syrien — bien que la situation ne soit pas encore claire — la réponse syrienne ne pouvait pas être d'abattre l'avion», a insisté le ministre devant la presse.

«L'incident est inacceptable», a ajouté Faruk Celik. «La Turquie ne peut pas l'endurer en silence».

Samedi, le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davuoglu a présidé une réunion avec les responsables de l'armée pour discuter des actions possibles et de l'avancée de la mission de secours des deux pilotes toujours disparus.

Le vice-Premier ministre Bulent Arinc a souligné que l'appareil, un F-4 non armé, n'était pas un avion de combat mais de reconnaissance et dit que la Turquie attendait une explication de la Syrie. Dans le même temps, il a appelé au «calme» et à la retenue.

«Nous ne devons pas inciter à des discours et des actes de provocation.»

D'après la Turquie, l'avion s'est abîmé en Méditerranée, à environ 13 km au large de la ville syrienne de Lattaquié. Selon les médias turcs, des équipes de garde-côtes turcs et syriens poursuivaient samedi l'opération de recherche conjointe pour retrouver ses deux pilotes.

Vendredi soir, la Syrie avait confirmé avoir abattu l'avion de chasse, affirmant qu'il avait pénétré d'environ un kilomètre dans son espace aérien, au-dessus de ses eaux territoriales. Selon Damas, les forces syriennes n'ont découvert qu'après avoir tiré sur l'appareil qu'il s'agissait d'un avion de l'armée turque.

L'agence de presse officielle syrienne SANA avait fait savoir que l'armée syrienne avait repéré une «cible aérienne non identifiée», volant à basse altitude et vitesse élevée.

«La défense anti-aérienne syrienne a réagi avec l'artillerie anti-aérienne, touchant directement» cette cible, selon SANA.

«La cible s'est révélée être un avion militaire turc qui était entré dans l'espace aérien syrien et a été traité en accord avec les règles observées dans de tels cas.»

Cet événement risque d'exacerber les tensions entre Damas et Ankara, alliés avant le début du mouvement de contestation contre le régime de Bachar el-Assad en mars 2011. Depuis, la Turquie a vivement dénoncé la répression sanglante du soulèvement, se joignant aux appels au départ du président syrien. Le pays a également installé des camps de réfugiés à sa frontière accueillant plus de 32 000 Syriens qui ont fui les violences.

Chaque pays a expulsé l'ambassadeur de l'autre et Damas a accusé Ankara de soutenir l'opposition syrienne et même de laisser les insurgés opérer sur son sol, ce que la Turquie dément.

Après des tirs des forces syriennes en avril, qui ont tué deux réfugiés dans un camp de la ville de Kilis, en Turquie, près de la frontière, le gouvernement turc avait prévenu qu'il ne tolérerait aucune action considérée comme une violation de sa sécurité et n'hésiterait pas à demander alors une intervention de ses alliés de l'OTAN.

À Bagdad, le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a noté samedi que la récente défection d'un pilote syrien en Jordanie et l'incident de l'avion de chasse turc montrait que les risques de répercussions du conflit syrien dans toute la région.

«Notre principale préoccupation c'est que la crise déborde sur les pays voisins. Aucun pays n'est préservé», a-t-il souligné.

Le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle s'est dit «profondément préoccupé» par l'incident, demandant une enquête approfondie. Le ministre allemand, qui a salué dans un communiqué la réaction mesurée de la Turquie juste après l'événement, a demandé que tout soit fait «pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de nouvelle escalade dans cette région déjà tendue».