- États-Unis : vote historique de défiance contre le secrétaire à la Justice

La Chambre des représentants, dominée par les républicains, a voté la défiance jeudi à l'encontre du secrétaire américain à la Justice Eric Holder, accusé d'outrage au Congrès dans un scandale de trafic d'armes au Mexique, une première dans l'histoire des États-Unis.

La Chambre a adopté une résolution par 255 voix contre 67, des dizaines de démocrates ayant refusé de participer au scrutin.

C'est la première fois qu'un secrétaire américain de la Justice en exercice fait l'objet d'un tel vote de défiance, que la Maison-Blanche a aussitôt qualifié de « coup politique évident ». Le procureur de Washington, employé du département de la Justice, devra maintenant décider s'il incrimine son propre patron, ouvrant la voie à de possibles poursuites judiciaires.

« Le vote d'aujourd'hui peut être un excellent théâtre politique dans l'esprit de certains, mais il cause du tort aux Américains. Ils attendent et méritent mieux. C'est tragique et c'est aussi irresponsable. Le problème de la drogue et des armes traversant cette frontière est bien réel et constitue une menace pour la sécurité publique », a déclaré Eric Holder, en réaction au vote.

Le département de la Justice est accusé de faire obstruction à l'enquête en cours et de s'être rendu coupable d'outrage au Congrès en refusant de fournir un certain nombre de documents sur l'opération qui a tourné au fiasco au Mexique.

Le vote de défiance s'est tenu à peine quelques heures après que la Cour suprême eut approuvé la réforme de la santé du président Barack Obama, l'une des décisions juridiques les plus importantes des dernières décennies aux États-Unis.

« Au moment où des millions d'Américains se débattent pour payer leurs factures, j'ai du mal à croire que cela va les intéresser », avait déclaré la veille le porte-parole de Barack Obama, Jay Carney.

Alors que le président américain invoque « le privilège de l'exécutif » pour justifier ce refus, le président républicain de la Chambre John Boehner estime que l'administration Obama ne veut tout simplement « pas montrer au peuple américain la vérité sur ce qui s'est passé ».

« Nous préférerions ne pas être là, nous préférerions que le secrétaire à la Justice et le président travaillent avec nous pour aller au fond de ce sujet très grave », a-t-il souligné.

Retour sur l'opération

Lancée en 2009 par des agents du Bureau de l'alcool, du tabac et des armes à feu (ATF), à Phoenix, l'opération Fast and Furious avait pour but de remonter la filière du trafic d'armes entre les États-Unis et le Mexique.

La stratégie consistait à laisser entrer au Mexique, sans avertir les autorités mexicaines, des armes achetées illégalement à Phoenix et destinées aux cartels de la drogue. Les enquêteurs espéraient qu'en suivant la trace de ces armes, ils remonteraient ainsi jusqu'aux chefs des cartels, qu'ils pourraient alors arrêter.

Or, les autorités ont perdu la trace des trois quarts des armes qu'ils ont laissées entrer au Mexique.

Plus de 2000 armes, comprenant des AK-47 et des calibres .50, ont été vendues dans le cadre de cette opération. Selon un responsable de l'ATF, 227 de ces armes ont été retrouvées au Mexique et 363 aux États-Unis. On ignore où se trouvent les quelque 1400 autres.

Un rapport du Congrès dit que 122 armes ont été retrouvées sur 48 scènes de crimes au Mexique ou interceptées alors qu'elles s'apprêtaient à être livrées à des cartels.

Le scandale a éclaté en 2010, lorsqu'un agent du contrôle des frontières, Brian Terry, a été tué par balle. Sur le lieu de la fusillade, les autorités de l'ATF ont retrouvé deux AK-47 qui avaient été vendus illégalement en 2009 dans le cadre de l'opération.

Devant les représentants, les responsables du programme, notamment l'ancien agent spécial William Newell, qui supervisait le Bureau de Phoenix de l'ATF, ont admis que des erreurs avaient été commises dans le cadre de l'opération. Mais ils ont nié avoir laissé entrer délibérément des armes au Mexique.

Leurs réponses n'ont apparemment pas convaincu les membres de la commission de la Chambre des représentants chargée de superviser les activités du gouvernement, qui mène depuis février 2011 une enquête sur l'opération reprochée à Eric Holder.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters