Égypte:l'issue de la présidentielle connu dimanche

Manu Brabo / The Associated Press

LE CAIRE, Égypte - Les résultats de l'élection présidentielle en Égypte seront proclamés dimanche, a annoncé samedi la Commission électorale nationale.

Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, qui a revendiqué la victoire au lendemain du second tour les 16 et 17 juin, avait réclamé vendredi la publication rapide des résultats, mettant en garde contre toute manipulation de la «volonté populaire».

Selon son équipe de campagne, M. Morsi a remporté le scrutin avec 52 pour cent des suffrages, devançant Ahmed Shafiq, dernier premier ministre de l'ancien président Hosni Moubarak. Le camp de M. Shafiq, considéré par ses détracteurs comme le candidat de l'armée, a contesté ces chiffres et affirmé qu'il est le «prochain président».

Plusieurs Égyptiens se sont ralliés à M. Morsi, voyant en lui leur dernière chance d'en finir pour de bon avec le régime Moubarak. De leur côté, les partisans de M. Shafiq estiment qu'il est le meilleur candidat pour contrer la montée des islamistes et restaurer l'ordre après une année de manifestations, d'économie vacillante et d'inquiétudes de voir se prolonger le climat de criminalité et d'instabilité. La proclamation officielle des résultats était initialement prévue jeudi, et son report par les autorités a suscité des accusations de fraudes et de manipulations.

Il y a toutefois peu de chances que l'annonce de ces résultats mette un point final à 16 mois de troubles politiques. Une victoire du camp Morsi conduirait sans doute à une lutte du nouveau gouvernement civil pour préserver son autorité contre l'armée, qui s'est assurée de maintenir ses pouvoirs une fois la transition terminée.

Quant à l'autre scénario, avec une présidence assurée par M. Shafiq, il serait désapprouvé par de larges pans de la population égyptienne. M. Shafiq est perçu comme le candidat favorisé par les militaires, qui ont par ailleurs nommé les membres de la Commission électorale.

«Annoncer les résultats de l'élection présidentielle par anticipation, avant la proclamation officielle, est illégitime, et constitue l'une des principales sources de division et de confusion sur la scène politique», a réagi vendredi le Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir, sans citer les Frères musulmans.

La Commission électorale pourrait aussi choisir d'annuler le vote et de déclencher de nouvelles élections pour l'ensemble des comtés, ou quelques-uns d'entre eux, en raison d'allégations d'irrégularités dont s'accusent mutuellement les deux camps.

Les autorités militaires, qui ont succédé à Hosni Moubarak après son expulsion, ont promis de remettre le pouvoir à un gouvernement civil au plus tard le 1er juillet. Toutefois, la Cour suprême du pays a décidé le 15 juin de dissoudre le Parlement, à majorité formé d'islamistes, soutenant que la loi dans le cadre de laquelle ils avaient été portés au pouvoir était anti-constitutionnelle. Deux jours plus tard, les généraux avaient diffusé une déclaration dans laquelle ils s'octroyaient des pouvoirs législatifs, incluant le contrôle sur l'ébauche d'une nouvelle constitution.