Égypte: Morsi promet de défendre son autorité

STR / The Associated Press

LE CAIRE, Égypte - Devant des dizaines de milliers de partisans en liesse réunis sur la place Tahrir du Caire, le premier président islamiste et civil de l'Égypte moderne a promis de se battre pour conserver son autorité et a prêté serment de façon symbolique vendredi, la veille de son investiture officielle.

Le discours fort de Mohammed Morsi a pris des airs d'acte de défi, alors qu'il se prépare à entrer dans une lutte de pouvoir avec les généraux qui se sont attribué la plupart des prérogatives présidentielles quelques jours avant l'annonce des résultats de l'élection.

«Je réaffirme que je n'abandonnerai aucun des pouvoirs présidentiels. Je ne peux me permettre de le faire. Je n'ai pas le droit de le faire», a dit M. Morsi, sous les cris de la foule.

«Vous êtes la source de ma légitimité, et tous les autres qui pourraient être protégés par quelqu'un d'autre vont perdre», a-t-il ajouté.

Il s'est aussi attardé à certaines demandes populaires, en promettant notamment de travailler à la libération d'Omar Abdel-Rahman, un religieux aveugle emprisonné aux États-Unis pour avoir participé à un complot terroriste à New York dans les années 1990. Il a aussi promis de faire libérer les manifestants égyptiens accusés par la justice militaire.

«Je ferai de mon mieux pour libérer tous les détenus, dont le docteur Omar Abdel-Rahman», a dit M. Morsi, en montrant du doigt un groupe de manifestants qui brandissaient un portrait du détenu. Les partisans de sa libération estiment qu'il devrait être rapatrié en Égypte pour des motifs humanitaires.

Le nouveau président islamiste a aussi tendu la main aux jeunes militants laïques et progressistes qui ont été à l'origine du soulèvement de l'an dernier. «La révolution continue (...) avec un président élu qui mène le navire de la nation et dirige la révolution», a-t-il lancé.

Il s'est adressé à la foule d'une voix forte, entouré par plusieurs gardes de sécurité. À un certain moment, il a ouvert sa veste pour montrer qu'il ne portait pas de gilet pare-balles, en affirmant qu'il ne craignait personne «sauf Dieu».

Ironiquement, son discours a marqué le retour de la garde républicaine sur l'emblématique place Tahrir, un événement rare depuis que les forces de sécurité évitent la place pour ne pas provoquer d'affrontement avec les manifestants, en colère contre la présence militaire dans les rues.

Plusieurs manifestants ont appelé le nouveau président à prêter serment sur la place Tahrir, épicentre du soulèvement populaire qui a mené à la chute de Moubarak. Mohammed Morsi doit officiellement prêter serment samedi devant la Cour constitutionnelle.

«Nous demandons au président de la République (...) de prêter serment parmi nous», a lancé un orateur à la foule avant l'arrivée de M. Morsi. «À partir de maintenant, nous faisons nos demandes au président de la République, non au conseil militaire. Le conseil militaire ne gouverne plus l'Égypte», a-t-il affirmé.

M. Morsi a accédé à leur demande en prononçant les mots du serment d'investiture. Plusieurs manifestants scandaient «Nous t'aimons Morsi» et «Maréchal, dites la vérité, Morsi est votre président», en référence au maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées qui dirige officieusement le pays.

Le Conseil suprême des forces armées s'est engagé à remettre le pouvoir d'ici la fin du mois de juin au président élu, mais a adopté une déclaration constitutionnelle qui limite considérablement ses prérogatives. La déclaration constitutionnelle prévoit aussi que les généraux assument le pouvoir législatif à la place du Parlement dissous par la Cour constitutionnelle.

La dissolution du Parlement force Mohammed Morsi à prêter serment devant la Cour constitutionnelle, dont les juges ont tous été nommés par Hosni Moubarak.