Le tyrannosaure réclamé aux Etats-Unis par la Mongolie, le 18 juin 2012 à New York

La justice américaine a procédé vendredi à une saisie pour le moins inhabituelle, celle du squelette d'un tyrannosaure de 70 millions d'années, récemment vendu aux enchères à New York et réclamé par son pays d'origine, la Mongolie.

Le squelette de 2,43 m de haut et 7,31 m de long a été saisi en début d'après-midi, dans un entrepôt du quartier du Queens à New York où il était conservé, a indiqué à l'AFP la maison d'enchères Heritage Auctions.

Il avait été vendu aux enchères pour 1,05 million de dollars le 20 mai dernier.

La Mongolie ayant demandé l'interdiction de la vente, il avait alors été entreposé dans plusieurs caisses au dépôt Cadogan-Tate Art Storage de Sunnyside, dans le Queens. C'est là qu'il a été saisi, sur décision d'un juge fédéral, vendredi aux environs de 13h00 (17h00 GMT).

Le président mongol Tsakhia Elbegdorj a applaudi cette décision, remerciant ceux qui l'avaient rendue possible, et saluant un "système judiciaire américain qui est une balise de justice et de liberté", dans un communiqué envoyé à l'AFP par son avocat américain Robert Painter.

Depuis quelques jours, le destin de ce squelette de Tarbosaure bataar, grand prédateur bipède qui a vécu à la fin du Crétacé dans les steppes de l'actuelle Mongolie, agitait le monde judiciaire new yorkais.

Depuis 1924, la Mongolie considère les fossiles comme une propriété nationale, et leur exportation est interdite.

Trois experts, mandatés par le président de Mongolie, avaient estimé le 5 juin que ce fossile particulier venait "presque certainement" de la formation de Nemegt, dans l'ouest du désert de Gobi, et qu'il y avait été trouvé et trafiqué par des braconniers entre 1995 et 2005.

Un procureur avait demandé lundi sa saisie, pour qu'il puisse être rendu à la Mongolie.

Un juge fédéral, Kevin Casten, a ensuite donné le feu vert.

Selon le procureur de Manhattan Preeet Bharara, le squelette était arrivé en Floride en mars 2010, en provenance de Grande-Bretagne.

Les documents de douane donnaient comme pays d'origine la Grande-Bretagne, et affirmaient qu'il s'agissait notamment de deux têtes de reptile. La valeur de l'envoi avait été estimée à 15.000 dollars. Le squelette, ensuite reconstitué aux Etats-Unis, a été mis à prix entre 950.000 et 1,5 million de dollars et adjugé juste au dessus d'un million.

Vendredi, le vice-président de la maison d'enchères, Jim Halperin, a exprimé l'espoir qu'une solution "juste et équitable" soit trouvée pour le vendeur basé à Gainsville (Floride, sud) qui "a passé un an de sa vie et dépensé beaucoup d'argent pour identifier, restaurer, construire et préparer ce qui n'était auparavant qu'un ensemble d'os et fragments d'os non assemblés".

Ce paléontologue de 37 ans, Eric Prokopi, s'est défendu d'être un trafiquant international, affirmant dans un communiqué être simplement "un gars de Gainsville qui essaye de faire vivre (sa) famille".

Selon l'avocat du président mongol, le squelette va maintenant attendre que la justice américaine suive son cours, une contestation étant possible dans les 60 jours.

Mais vu "les éléments scientifiques, nous sommes confiants que le dinosaure sera rapatrié rapidement en Mongolie", a ajouté Robert Painter.

© 2012 AFP