Le directeur du Musée de Sofia (d) répond aux journalistes devant le squelette du supposé vampire, le 14 juin 2012

Un squelette d'homme, qui fut transpercé au coeur il y a 700 ans pour l'empêcher de ressusciter comme vampire, gît désormais au Musée historique à Sofia, illustrant une croyance répandue en Bulgarie jusqu'à nos jours.

Trouvé début juin dans la nécropole d'une église à Sozopol, sur la Mer Noire, ce squelette d'un homme de 180 cm était fixé au sol, les dents défoncées, par un morceau de fer. L'annonce ayant évoqué un vif intérêt médiatique, le vampire potentiel a été nettoyé pour être exposé "comme témoignage d'une pratique traditionnelle en Bulgarie", a déclaré à l'AFP le directeur du musée, Bojidar Dimitrov.

"Une des employées faisait sans cesse le signe de croix en lavant les os", a-t-il noté.

L'archéologue à l'origine de la découverte, Dimitar Nedev, a estimé que ce squelette et un plus frêle, à côté, "seraient des intellectuels en avance, au XIVe siècle, sur les idées de leur époque". Ils "étaient craints et donc enterrés au-delà de l'enceinte" de la ville.

Les rituels pour empêcher les gens de devenir des vampires après leur mort existent partout en Bulgarie, encore aujourd'hui, témoigne le professeur d'ethnologie Ratchko Popov, surnommé "le vampirologue" par ses collègues.

- Vampirologue -

Le vampire est imaginé comme un être laid -- borgne, bossu ou boiteux -- ou trop vieux, qui se nourrit du sang du bétail, mais peut aussi attaquer les êtres humains. Comme le vampire craindrait l'eau, des villages entiers dans la région de Strandja (ouest) déménagèrent de l'autre côté d'une rivière pour le fuir, a-t-il rappelé.

"Après le décès de mon mari, en 2008, nous avons effectué un rite: avec un fuseau en bois tourné, nous avons percé la terre de sa tombe pour qu'il y reste", témoigne Zara Dimitrova, une institutrice retraitée du village Novo Selo (nord-ouest).

"Ma tante a attaché les pieds de mon oncle décédé l'un à l'autre avec les lacets de ses chaussures pour l'empêcher de revenir comme vampire", déclare Valia Ivanova, une interprète de Sofia.

Le traitement contre le vampirisme recouvre diverses pratiques. Le squelette de Sozopol (est) notamment fut transpercé par un soc de charrue.

Dans la ville antique de Deultum, près de Sozopol, six squelettes des IVe-Ve siècles, aux bras et jambes cloués, et profondément enterrés, avaient été découverts en 2004 dans un tombeau thrace. Ces squelettes, entourés de pierres taillées, autre mesure contre leur résurrection en vampires, sont les plus anciens témoignant de cette pratique sur le territoire bulgare, selon l'archéologue Petar Balabanov.

Le 12 juin, l'archéologue Nikolaï Ovtcharov a annoncé la découverte dans un monastère à Veliko Tarnovo (centre) d'un squelette, pas encore daté, fixé à la terre par des agrafes en fer, trois aux jambes et une du côté gauche du thorax. Par double précaution, il était aussi couvert de charbon brûlé.

Selon la chercheuse Sachka Bizeranova, les rites empêchant la transformation en vampire sont semblables dans le nord-ouest de la Bulgarie, le nord-est de la Serbie et des régions du sud de la Roumanie. Enfoncement de fuseaux en bois ou de branches d'aubépine dans le cercueil pour percer le vampire éventuel, de clous au seuil de la maison, allumage d'un feu ou plantation d'ail participent de cette croyance païenne.

La notoriété vite gagnée du vampire potentiel de Sozopol inspire les entreprises touristiques: "la côtelette du vampire" voisine avec "le cocktail du vampire" dans les restaurants et les bars. Un jumelage de Sozopol avec la ville roumaine de Sighisoara, en Transylvanie, où fut né au XVe siècle Dracula, le comte buveur de sang, est envisagé.

"Nous espérons un effet positif sur le tourisme des nombreuses découvertes archéologiques", a déclaré le maire, Panaïot Reizi, à l'AFP.

Les archéologues sont plus prudents: Dimitar Nedev craint "un intérêt malsain de sociétés occultes". C'est pourquoi, le deuxième squelette percé au fer sera re-enterré comme l'ont été en 2004 les six cloués de Deultum.

© 2012 AFP