Des participants russe, allemand, turc et coréen du sud participent au championnat international de décortiquage de crevettes le 5 août 2012 à Leffrinckoucke, dans le nord de la France

Sous le "chapiteau olympique" bordant la plage de Leffrinckoucke, assiette, bol, verre et lingette rince-doigts face à eux, les compétiteurs s'assouplissent les doigts pour remporter un titre prestigieux : celui du meilleur décortiqueur de crevettes grises.

Une fois le départ donné au coup de pistolet, les visages des participants sont concentrés, les crevettes épluchées une par une. Le but : décortiquer le plus grand nombre de ces petits crustacés de la Mer du Nord en dix minutes.

Cette compétition loufoque est née en 2005 dans l'esprit de Bernard Weisbecker, maire (Verts) de cette commune côtière proche de Dunkerque. Chacun prétendait que sa mère ou sa belle-mère était la plus adroite dans cet exercice. "Au lieu de parler, on va mettre tout le monde autour d'une table et voir qui est le meilleur", s'est alors dit le maire.

S'il n'y avait qu'une vingtaine de participants au départ, ils étaient 120 dimanche pour cette huitième édition du concours, renommé "Olympiades", JO de Londres obligent. Une compétition internationale, à laquelle participent des jeunes venus d'Allemagne, Espagne, Italie, Russie, Corée du Sud, Taïwan, ou encore du Mexique, pour restaurer le Fort des Dunes de Leffrinckoucke.

"Un bon décortiqueur doit se sentir concerné, il doit aimer la crevette", explique l'élu, un sourire sous la moustache. "Il y a un petit coup de main. On vise le troisième anneau, on tire, on appuie sur la tête, on ressort l'ensemble de la crevette", détaille-t-il, "ça demande dextérité et pratique intensive".

"L'idéal, c'est de commencer vers cinq ans, comme la gymnastique", plaisante-t-il.

Le speaker rôde autour des deux grandes tables, et rappelle les règles alors que les concurrents décortiquent à tour de doigts : "les crevettes qui sont mangées ne sont pas pesées... même après".

Pour sa première participation, Thérèse Derache, une Leffrinckouckoise, s'est entraînée "toute la semaine" et se sent "en forme".

Peut-être pas au point de rivaliser avec Nicole Vanzinghel. Déjà titrée cinq fois, cette fille de pêcheur arrive ceinte de son écharpe tricolore de championne et médaille au cou. Et enfile un maillot portant son nom au dos et cinq crevettes devant.

Elle prend sa respiration et se lance. Au terme de ces dix intenses minutes, elle évoque la "pression" et le "grand stress" qui ont pesé sur ses épaules.

Vient l'heure de la pesée. Le jury veille, "il faut que la crevette soit nue" pour être comptabilisée, explique l'une de ses membres.

Les balances ont livré leur verdict, Nicole Vanzinghel remporte son sixième titre avec 150 grammes. Sur le podium, elle lève les bras au ciel puis entonne la Marseillaise qui retentit.

Cependant elle ne bat pas son record de 186 grammes, obtenu l'année dernière. "Les crevettes ne sont jamais du même calibre. Hier, je me suis entraînée, j'ai fait 70 grammes", dit-elle, son trophée - un pêcheur de crevettes Leffrinckouckois - dans les mains.

Le maire confie que l'avant-veille, lors d'un déplacement à Londres, il avait proposé l'inscription de la discipline pour les prochains JO au vice-président du Comité olympique français qui lui a répondu que... "ça allait être salé".

© 2012 AFP