- Sommet de Bruxelles : un soupir de soulagement

Les marchés financiers ont salué vendredi l'accord obtenu à l'arraché dans la nuit de jeudi à vendredi au sommet de Bruxelles. Les dirigeants de la zone euro se sont entendus sur le principe de recapitalisation directe des banques et sur un plan de croissance économique.

À Paris, le CAC 40 a terminé en hausse de 4,75 % et le DAX à Francfort de 4,33 %. À Londres, le FTSE a pris 1,42 %. Milan et Madrid ont quant à elles connu des gains de 6,59 % et de 5,66 %, respectivement. Les gains étaient d'environ 2 % à New York et de 1 % à Toronto, en mi-journée.

Les pays de la zone euro ont aussi approuvé le principe de créer une instance unique de supervision des banques européenne. Les institutions bancaires en difficulté pourront d'ailleurs être directement recapitalisé par le Mécanisme européen de stabilité financière, le MES.

Les fonds de sauvetage pourront aussi racheter plus facilement des titres de dettes souveraines sur les marchés.

Ces mesures étaient réclamées notamment par l'Italie et l'Espagne pour faire diminuer leurs coûts d'emprunt, qui sont à des niveaux difficilement viables à moyen et long terme. En fait, les deux pays avaient conditionné l'adoption d'un plan de croissance de 120 milliards d'euros, négocié la semaine dernière par Berlin, Paris, Rome et Madrid, à la mise en place de ces nouvelles mesures. Ce « pacte de croissance » a d'ailleurs été entériné par les pays de la zone euro.

Le président du Conseil italien, Mario Monti, s'est dit « satisfait » de l'accord trouvé lors du sommet européen, qu'il a jugé « très important pour l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro ». Il a ajouté que les négociations ont été « un moment très difficile » en ajoutant que « cela a été utile ».

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite « très satisfaite » que de « bonnes décisions sur la croissance » aient été prises. Elle devait défendre le pacte de discipline budgétaire et la création du MES devant le Parlement allemand plus tard ce vendredi.

Une étape importante a été franchie, des progrès significatifs ont été faits: priorité a été donnée à la croissance, des instruments nouveaux ont été élaborés [...] et des interventions efficaces sur les marchés ont également été trouvés », a dit de son côté le président français, François Hollande. « Tout n'est pas encore mis en oeuvre, mais je considère que l'Europe a été réorientée comme il convenait. »

« Je pense que les éléments que nous avons rassemblés vont rassurer les marchés », a déclaré pour sa part le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, a affirmé que les Européens avaient fait des progrès importants en vue de contenir les problèmes bancaires du continent. Il a affirmé, lors d'une conférence téléphonique depuis l'Irlande, que la décision de permettre aux banques de demander directement une aide au fonds d'urgence européen était une approche qu'il préconisait depuis les trois dernières années.

Mais Jim Flaherty a précisé qu'il demeurait prudemment optimiste. Il souhaite en savoir davantage sur les projets des leaders européens.

Accueil favorable de la part des économistes

« Les dirigeants européens se sont enfin accordés sur des mécanismes qui peuvent soutenir les pays fragiles de la zone euro sur la durée, tout en maintenant la pression sur les finances publiques des États », se félicite René Defossez, économiste chez Natixis.

Mais, pour Christian Parisot chez Aurel BGC, « la bonne réaction des marchés vient surtout du fait que les investisseurs ne s'attendaient quasiment à rien au vu des divergences qui semblaient s'être creusées entre Paris et Berlin. Or il y a eu de réelles bonnes surprises », juge-t-il.

Certains jugent le mécanisme permettant de recapitaliser directement les banques comme un point essentiel de l'entente.

« On sépare enfin le risque souverain du risque bancaire. Une banque qui a besoin d'être recapitalisée n'affectera plus les comptes publics d'un État », explique Gilles Moec, coresponsable de la recherche économique européenne chez Deutsche Bank.

« La bonne nouvelle pour les marchés, c'est que les dirigeants européens n'ont pas sorti le "gros bazooka" en faisant reposer toute la pression du sommet sur les euro-obligations », souligne Sean Callow, analyste chez Westpac Bank.

Cette idée des euro-obligations, rejetée d'emblée par l'Allemagne, visait la création de titres de dette garantis par l'ensemble des pays membres de la zone euro. Les risques auraient été mutualisés entre les pays et les disparités entre les taux d'emprunt, qui atteignent des niveaux inégalés, supprimés.

Aux yeux des analystes, de nombreuses interrogations demeurent toutefois sur la mise en oeuvre effective des décisions de Bruxelles.

« Aucune précision n'est apportée sur le rôle exact de la Banque centrale européenne (BCE) », souligne M. Moëc.

« La BCE va assumer des tâches de supervision », a simplement indiqué son président, Mario Draghi, sans plus de précisions.

« Encore plus inquiétant, nous n'avons aucune précision sur la feuille de route vers une union budgétaire, renvoyée à plus tard », déplore M. Moëc.

Radio-Canada.ca avec AFP, Le Monde, Reuters, Le Figaro, Associated Press et PC