- Les employés de Candu Énergie en grève générale

Quelque 800 scientifiques, ingénieurs et technologues de l'entreprise Candu Énergie, une filiale de SNC-Lavalin (TSX:SNC), sont en grève générale depuis lundi matin.

La Société des ingénieurs professionnels et associés (SPEA) et l'employeur ne sont pas parvenus à s'entendre sur l'ancienneté et les salaires. Le syndicat compte installer des piquets de grève sur différents sites au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

Selon le président de la SPEA, Peter White, l'un des principaux points en litige est attribuable au désir de l'entreprise de s'éloigner des normes de l'industrie nucléaire en matière de rémunération. Le syndicat indique par exemple que la compagnie offre aux employés qui ont moins de 10 ans d'expérience des salaires environ 20 % plus bas que la moyenne dans le secteur. De telles conditions salariales provoqueront le déclin de l'entreprise et le Canada risque de perdre son savoir-faire en matière de conception de réacteurs nucléaires, estime M. White.

Il y a un an, le gouvernement fédéral a vendu Énergie atomique du Canada, concepteur du réacteur Candu, à SNC-Lavalin, pour la somme de 15 millions de dollars. « Ces gens-là avaient des conditions de travail puis évidemment, quand SNC est arrivée, ils ont décidé de couper dans tout. Donc, beaucoup de ces gens ont commencé à essayer de se trouver un emploi ailleurs. Il y en a beaucoup qui sont partis. Il y en a qui continuent à chercher », fait valoir Marius Vartolomei, vice-président du syndicat.

Les négociations s'étaient amorcées avant la vente d'Énergie atomique du Canada à SNC-Lavalin. Une représentante syndicale de la Société des ingénieurs professionnels et associés, Chantal Côté, a noté une différence dans l'attitude à la table de négociations depuis le changement d'employeurs : « Le ton est différent, il est beaucoup plus dur. Ils nous ont amenés devant les tribunaux à deux reprises. »

« Nous cherchons [à obtenir] la rétroactivité de nos salaires pour l'année passée, poursuit Mme Côté. Nous n'avons eu aucune augmentation pour l'année passée et lorsqu'on compare avec nos compétiteurs dans l'industrie nucléaire, ils sont à un salaire beaucoup plus élevé que nous le sommes présentement. »

Cette situation fait craindre un exode des cerveaux vers l'étranger. « Nous avons perdu plusieurs ressources, surtout des jeunes, explique Mme Côté. [...] Depuis octobre, nous avons perdu 200 ressources-clés. Ces gens, comme nous, ont des maîtrises, des doctorats, ce sont vraiment des ressources-clés dans l'industrie. Il y en a même qui décide de partir tout court vers d'autres industries. »

Avant la transaction, la société d'État avait toutefois reçu des milliards de dollars d'aide gouvernementale en plus de subir d'importants dépassements de coûts pour plusieurs projets.

Les réacteurs Candu fournissent la moitié de l'électricité consommée en Ontario et comblent 16 % des besoins en électricité du Canada. De plus, ils produisent 22 000 mégawatts de puissance dans plusieurs sites à l'étranger.

Le conflit de travail ne devrait pas avoir d'impact à court terme sur la production d'électricité, sauf si des défectuosités peu communes surviennent. « Si jamais il y a des problèmes techniques plus pointus que les gens dans les centrales ne sont pas capables de réparer par eux-mêmes, ils vont nous appeler pour qu'on les aide à trouver une solution et, si nous ne sommes pas là, il y a des risques qu'ils n'aient pas la solution tout de suite », affirme M. Vartolomei.

Si la grève persiste, elle pourrait retarder des projets, comme la rénovation de la centrale de Darlington, à l'est de Toronto. D'autres projets en Chine, en Argentine et en Roumanie pourraient être touchés, selon le syndicat.

Radio-Canada.ca avec PC