Taux directeur: la Banque du Canada immobile

Mark Carney. Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA - Les coûts d'emprunt vont demeurer peu élevés pendant encore quelque temps, la Banque du Canada ayant maintenu mardi les taux d'intérêt à leurs faibles niveaux actuels tout en notant que l'économie canadienne était légèrement affectée par la tempête qui souffle sur la plupart des grandes économies mondiales.

Mais dans un communiqué au ton plus dur que prévu, la banque centrale n'a aucunement rassuré ceux qui préféreraient que son prochain geste soit une baisse des taux, plutôt qu'une hausse.

Tel que prévu, la Banque du Canada a maintenu son taux cible du financement à un jour à un pour cent au moins jusqu'en septembre. Il est cependant révélateur qu'elle ait dit possible «qu'une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée».

Cette prise de position est quelque peu étonnante, la banque ayant dit s'attendre désormais à une croissance au pays de 2,1 pour cent cette année et de 2,3 pour cent pour 2013, en léger recul par rapport à ses projections précédentes de 2,4 pour cent pour les deux années.

L'économie ne fonctionnera pas à plein régime avant 2014, alors que sa croissance atteindra 2,5 pour cent, a prédit la banque. Et elle n'atteindra pas son rythme de croisière avant le deuxième semestre de 2013, soit six mois plus tard que prévu en avril par l'institution dirigée par Mark Carney.

En ce qui a trait à sa future politique, la banque n'a cependant pas changé d'idée depuis avril.

«Dans la mesure où l'expansion économique se poursuit et l'offre excédentaire au sein de l'économie se résorbe graduellement, il se peut qu'une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée, de façon à atteindre la cible d'inflation de deux pour cent à moyen terme», a-t-elle affirmé.

Avery Shenfeld, économiste en chef à la Banque CIBC, a estimé que cela revenait à une gifle au visage des marchés, qui espéraient que M. Carney lance un autre message.

«Le marché se comporte comme si le prochain geste posé par la Banque du Canada allait être une réduction des taux et l'équipe de (Mark) Carney affirme que c'est improbable», a-t-il dit.

Les nouvelles projections de la banque centrale sont similaires à celles des économistes du secteur privé et à celles du Fonds monétaire international (FMI), qui a prédit lundi une croissance de 2,1 pour cent cette année et de 2,2 pour cent en 2013.

«Bien que les vents contraires extérieurs freinent l'activité économique au Canada, des facteurs internes devraient soutenir une croissance modérée au pays», a indiqué la banque dans son communiqué.

«La consommation et les investissements des entreprises devraient être les principaux moteurs de la croissance, à la faveur de conditions financières très expansionnistes au Canada», a-t-elle ajouté.

La banque a toutefois observé que le ralentissement économique mondial se traduisait par une baisse des exportations et des cours des produits de base, ce qui affecte les revenus et la richesse au pays.

Entre-temps, l'endettement record des ménages restreint les dépenses, l'activité dans le secteur du logement, qui a atteint des niveaux inégalés, devrait ralentir, et «les dépenses publiques ne devraient pas contribuer à la croissance en 2012 et devraient n'apporter qu’une contribution modeste par la suite, conformément aux plans d’assainissement des dépenses des gouvernements fédéral et provinciaux».