Duchesneau confirme sa candidature pour la CAQ

Francois Legault; Jacques Duchesneau;. Graham Hughes / La Presse Canadienne

SAINT-JÉRÔME, Qc - Se présentant comme un «citoyen ordinaire indigné», Jacques Duchesneau a fait une entrée on ne peut plus fracassante dans la campagne électorale dimanche en promettant de freiner l'«état avancé de détérioration de la morale et des institutions publiques» au Québec.

Rayonnant, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a lancé en conférence de presse à Saint-Jérôme, dans les Basses-Laurentides, que M. Duchesneau était devenu l'«Eliot Ness québécois», en référence à l'agent du Trésor américain qui a pourchassé le parrain de la mafia de Chicago, Al Capone, de 1925 à 1932.

Voulant donner le maximum d'impact à cette prise de choix, M. Legault a annoncé que l'ancien chef de la police montréalaise deviendrait vice-premier ministre dans un éventuel gouvernement caquiste. Sa tâche, encore mal définie, serait notamment d'assurer le respect de l'intégrité au sein des ministères des Transports, des Ressources naturelles, des Affaires municipales et de la Sécurité publique.

Outre la corruption et la collusion, Jacques Duchesneau a dans sa mire les scandales municipaux, le financement illégal des partis politiques et le manque de transparence des sociétés d'État, plus particulièrement Hydro-Québec.

«La situation est grave, c'est vrai, mais elle n'est surtout pas insurmontable», a-t-il tenu à préciser.

Pour la CAQ, qui est actuellement en troisième place dans les intentions de vote des Québécois, l'arrivée de M. Duchesneau est un événement quasi inespéré qui ouvre la voie aux plus grands espoirs.

Bien sûr, le Parti québécois a aussi sollicité la candidature de Jacques Duchesneau pour la présente campagne, mais l'homme de 63 ans a dit avoir choisi la CAQ parce qu'il s'agit du seul parti, selon lui, «capable de réaliser sans tarder les changements urgents et les réformes audacieuses qui s'imposent».

«Son savoir-faire en matière d'enquêtes criminelles et de lutte au crime organisé va permettre d'identifier plus rapidement les failles du système et des solutions durables pour qu'on se débarrasse enfin du cancer de la corruption au Québec», a déclaré François Legault.

C'est un concours de circonstances qui a fait en sorte que M. Duchesneau a finalement décidé de revenir en politique, lui qui avait été un candidat malheureux à la mairie de Montréal en 1998.

«Il n'y a vraiment pas longtemps, j'avais dit que jamais je ne referais un saut en politique, mais là il y a une conjoncture particulière qui fait que je n'ai plus le goût d'être un gérant d'estrade», a-t-il expliqué.

C'est un appel qu'il a reçu la semaine dernière qui a tout changé.

«Après mon témoignage à la commission Charbonneau (sur l'industrie de la corruption, en juin) j'ai quitté pour un endroit inconnu, a-t-il raconté. Je devais revenir le 3 septembre pour faire mon devoir de citoyen et aller voter, mais finalement, en prenant le traversier qui me sortait de mon endroit désert, j'ai malheureusement pris un appel et là, tout s'est enclenché.»

La note de huit sur 10 que le chef libéral, Jean Charest, s'est attribuée jeudi pour ses efforts de lutte à la corruption a ulcéré Jacques Duchesneau et a été l'«élément final» qui l'a convaincu de plonger. Dimanche, il a donné deux sur 10 à M. Charest dans ce dossier.

«Nous, on veut aller plus loin (que les libéraux), a-t-il insisté. On veut empêcher que des gens qui ne sont pas élus continuent à graviter autour de certains partis pour avoir certains avantages.»

Avant de se décider à faire le grand saut, l'ancien responsable de l'Unité anticollusion du ministère des Transports a demandé à deux avocats d'effectuer une «vérification diligente» des pratiques et des livres comptables de la CAQ.

«On a fouillé, on a interrogé des gens et aujourd'hui, je me présente devant vous satisfait des réponses qu'on a obtenues», a relaté celui qui a estimé, devant la commission Charbonneau, que 70 pour cent de l'argent récolté par les partis politiques provinciaux était «sale», évoquant notamment des pots-de-vin.

Jacques Duchesneau a toutefois exprimé son «malaise» à l'égard de l'ancien agent officiel de la CAQ, Marc Deschamps, qui a fait partie du comité de sélection du projet immobilier Faubourg Contrecoeur, à Montréal, un dossier controversé dans lequel des accusations criminelles ont récemment été déposées.

M. Deschamps soutient n'avoir rien à se reprocher dans cette affaire, mais il a démissionné de ses fonctions à la CAQ cette semaine pour éviter, a-t-il dit, de «devenir une source de distraction».

Ironiquement, l'entrepreneur Paolo Catania, qui est notamment accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance dans le cadre de ce scandale, a fait un don de 1000 $ à la CAQ au cours des derniers mois. M. Duchesneau ne s'est pas offusqué de ce fait, soulignant que tous les citoyens québécois avaient le droit de contribuer aux partis politiques.

«Les gens qui s'attendent à un retour d'ascenseur, regardez-moi: ils vont prendre l'escalier!» a-t-il prévenu.

Fait intéressant, M. Legault a accepté de dispenser Jacques Duchesneau de toute obligation de recueillir des dons pendant la campagne, une tâche qui incombe pourtant à tous les autres candidats caquistes.

«Je me sentais incapable d'aller collecter 5 cents et pourtant, il n'y a rien d'illégal à donner de l'argent, a relevé le principal intéressé. (...) J'ai tellement parlé de financement illégal de partis politiques que j'avais un blocage psychologique. Je voulais me tenir loin de toutes les questions de financement.»

L'ancien policier ne s'est pas non plus montré indisposé par les accusations de lobbyisme illégal qui pèsent contre la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui était jusqu'à tout récemment dirigée par un autre candidat vedette de la CAQ, le Dr Gaétan Barrette.

La FMSQ conteste la loi encadrant le lobbyisme, la jugeant trop pointilleuse. Or, la CAQ propose de resserrer cette loi.

Le rapport qu'a produit M. Duchesneau alors qu'il était à la tête de l'Unité anticollusion a forcé le gouvernement de Jean Charest à déclencher la commission Charbonneau sur l'industrie de la construction.

«Je suis convaincu que nous sommes conviés à un rendez-vous historique et incontournable», a estimé dimanche celui qui compte actuellement parmi les personnalités les plus respectées au Québec.