Dette: sommet fructueux des dirigeants de l'UE

Francois Hollande. Michel Euler / The Associated Press

BRUXELLES - Après 18 sommets décevants, les dirigeants de l'Union européenne, réunis jeudi et vendredi à Bruxelles, ont finalement pris une série de mesures importantes montrant leur volonté de résoudre la crise de la dette.

À l'occasion de ce Conseil européen, qui s'est terminé vendredi après-midi, les dirigeants des 17 pays de la zone euro, réunis pour la 19e fois depuis le début de cette crise qui a explosé fin 2009, se sont notamment mis d'accord pour consacrer 120 milliards d'euros à la relance de l'économie, afin d'encourager la croissance et les créations d'emplois. La France avait notamment plaidé en faveur de ce «pacte de croissance».

Ils ont aussi décidé de créer un mécanisme de surveillance des banques et de permettre leur recapitalisation directement par l'entremise de leur futur fonds de secours permanent, le Mécanisme européen de stabilité (MES).

«Nous affirmons qu'il est impératif de briser le cercle vicieux qui existe entre les banques et les États», soulignent les dirigeants des 17 pays de la zone euro dans une déclaration commune.

«Lorsqu'un mécanisme de surveillance unique, auquel sera associée la BCE (Banque centrale européenne), aura été créé pour les banques de la zone euro, le MES pourrait, à la suite d'une décision ordinaire, avoir la possibilité de recapitaliser directement les banques. Cette possibilité serait soumise à une conditionnalité appropriée», précisent-ils.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a qualifié cette mesure de «percée». La nécessité de recapitaliser les banques directement par l'intermédiaire du fonds de secours est devenue évidente ce mois-ci lorsque l'Espagne a demandé une aide financière à la zone euro pour pouvoir renflouer ses banques surendettées, pour un montant d'environ 100 milliards d'euros. La perspective que cette dette pèse sur les comptes publics a effrayé les investisseurs, qui ont commencé à demander des taux d'intérêt plus élevés pour prêter de l'argent à l'Espagne. Prêter l'argent directement aux banques éviterait de mettre cette dette sur les comptes du gouvernement.

Les dirigeants de la zone euro se sont aussi mis d'accord pour alléger les conditions, en matière d'austérité, imposées aux pays profitant d'un plan d'aide. C'est une victoire pour l'Espagne et l'Italie, des pays à l'économie fragile qui ont déjà fait beaucoup pour assainir leur économie, bien qu'ils disent ne pas vouloir de plan de renflouement. Cette décision montre aussi que l'Allemagne pourrait atténuer ses exigences concernant les mesures d'austérité draconiennes demandées en échange des prêts accordés par la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI).

Le président du Conseil italien, Mario Monti, a vu dans cette décision une reconnaissance du travail acharné que des dirigeants comme lui ont fait pour réformer leurs économies.

Les dirigeants des 27, parmi lesquels figurent des pays non-membres de la zone euro comme la Grande-Bretagne et la Pologne, se sont également mis d'accord sur un plan à long terme destiné à renforcer l'union politique et budgétaire. Mais il faudra des années pour réaliser ce projet, qui nécessitera des changements dans les traités.

«J'ai vraiment à l'esprit le souci qu'il n'y ait pas ceux qui crient victoire et ceux qui seraient obligés de justifier je ne sais quelle défaite. Ce qui s'est passé, c'est un compromis, c'est une dynamique, et Mme Merkel comme d'autres a participé à cette recherche et à cette volonté de conforter, de consolider la zone euro», a déclaré lors d'une conférence de presse le président français François Hollande.

«Et c'est parce que la France et l'Allemagne, y compris dans la nuit, ont été ensemble que nous y sommes parvenus», a ajouté le président. «Ça a été une conviction commune que nous pouvions, sans mettre en cause les traités, sans avoir à inventer d'autres instruments, les mettre en oeuvre de manière efficace.»

«Je pense que les éléments que nous avons rassemblés vont rassurer les marchés», a déclaré pour sa part le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker.

Les marchés ont accueilli favorablement les décisions prises à Bruxelles. En Allemagne, le DAX était en hausse de 2,4 pour cent vendredi matin, et en France, l'indice CAC-40 était en hausse de 2,6 pour cent.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite «très satisfaite» que de «bonnes décisions sur la croissance» aient été prises.

Les législateurs allemands ont approuvé vendredi le nouveau pacte budgétaire européen, de même que le fonds de secours permanent, quelques heures après que la chancelière eut défendu les concessions qu'elle compte avoir fait au sommet des dirigeants.

Une forte majorité de plus des deux tiers de tous les législateurs de la Chambre basse du Parlement a endossé les deux séries de législations lors d'une séance en soirée, à la suite d'appels pressants de Mme Merkel de soutenir ces mesures jugées cruciales pour stabiliser la zone euro.