Raffinerie - Crédit: iStock

Le calcul mondial des réserves de pétrole restera toujours une science inexacte, parce que quelques gisements dans l'Arctique sont encore partiellement inconnus, et parce qu'une réserve ne peut jamais être exploitée à 100% : arrive un moment où il en coûte plus cher d'aller chercher les derniers millions de barils que d'aller creuser un puits ailleurs.

Mais même approximatif, ce calcul permettait jusqu'ici d'estimer, à quelques années près, à quel moment la moitié des réserves pétrolières de la planète auront été exploitées : certains disent les années 2010, d'autres les années 2020 (c'est ce qui est appelé le « pic pétrolier »). Ce qui signifie que la moitié du pétrole la plus facile à sortir de terre l'a été au cours du dernier siècle et demi, et que la deuxième moitié... coûtera beaucoup plus cher.

Or, dans des câbles révélés par WikiLeaks, un diplomate américain en poste en Arabie Saoudite, citant un géologue de là-bas, a écrit en 2007 que les réserves de ce grand pays auraient été surestimées de 40% (ou 300 milliards de barils). Si c'est le cas, l'escalade des prix du pétrole serait plus près de nous qu'on ne le pensait.

En entrevue au Wall Street Journal, le géologue en question, Sadad al-Husseini, ancien directeur de l'exploitation chez la compagnie d'État Aramco, qui détient le monopole, a déclaré que sa phrase de 2007 avait été prise hors contexte. Mais son explication semble plutôt renforcer la première impression : le vice-président d'Aramco aurait apparemment statué l'existence de réserves de 716 milliards de barils. Or, selon al-Husseini, ce chiffre inclurait le pétrole récupérable, et celui impossible à atteindre. D'où, une surestimation des réserves « réelles » de 40%.

Le dernier des quatre câbles dévoilés par WikiLeaks, daté d'octobre 2009, ajoute que les besoins croissants d'électricité de l'Arabie pourraient limiter les exportations de pétrole.

Leçon d'économie, pas de science

D'un point de vue scientifique, il reste malgré tout assez de pétrole pour réchauffer la planète pendant des décennies. Mais c'est d'un point de vue économique qu'on s'inquiète depuis cette fuite. The Economist rappelle que l'Arabie Saoudite abrite près du cinquième des réserves pétrolières de la planète; une surestimation de l'ordre de 40% ne peut donc qu'exciter les spéculateurs.

Or, un individu qui saurait, hors de tout doute, que les réserves de pétrole sont surestimées pourrait avoir envie de les entreposer pour les ressortir dans quelques années, et faire un juteux profit. Et si cet individu est plutôt un pays producteur de pétrole? Eh bien, écrit The Economist, il n'y a rien de plus facile que d'entreposer, puisque le pétrole dort déjà sous ses pieds :

Tout ce que vous avez à faire pour gagner la mise est de ne pas produire plus de pétrole que vous n'avez besoin d'en vendre.

À court terme, les sociétés gourmandes de pétrole n'ont pas à craindre une pénurie comme lors de la crise de 1973 : l'Arabie Saoudite n'a pas besoin de couper le robinet, elle n'a qu'à garder jalousement ses réserves et ne pas en produire plus que le client n'en demande. Mais c'est à long terme qu'il y aura un problème. Car si cette surestimation de 40% est vraie -- et certains experts ont fait une estimation similaire depuis quelques années -- le long terme pourrait être moins lointain qu'on ne le pensait. Et les spéculateurs en étant de plus en plus conscients, la tentation de gonfler les prix est déjà là.

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