Michael Ignatieff annonce sa démission

Michael Ignatieff. Paul Chiasson / La Presse Canadienne

TORONTO - Après avoir dit, la veille, qu'il voulait rester à la tête du Parti libéral, Michael Ignatieff a finalement annoncé sa démission mardi.

«Je ne resterai pas chef de ce parti et je trouverai avec ses responsables le meilleur moment pour quitter afin que nous puissions organiser une succession», a déclaré M. Ignatieff en conférence de presse à Toronto, au lendemain d'une déconfiture sans précédent des libéraux.

Après avoir obtenu la confirmation qu'il avait perdu son propre siège dans la circonscription torontoise d'Etobicoke-Lakeshore aux mains d'un néophyte conservateur, le politicien a constaté qu'il n'avait plus l'autorité requise pour présider au colossal travail de reconstruction auquel devra s'astreindre le parti de Wilfrid Laurier, Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien.

Les libéraux sont passés de 77 à 34 sièges aux Communes et ont perdu leur titre d'opposition officielle au profit du Nouveau Parti démocratique (NPD).

L'ancien professeur à l'université Harvard a indiqué qu'il entendait reprendre l'enseignement. «Je suis un vieux prof et je vais retourner à la classe, parce qu'éduquer les jeunes gens, surtout les jeunes Canadiens, c'est ce qui me passionne le plus», a-t-il expliqué, en précisant qu'il n'avait encore reçu aucune offre d'emploi, mais qu'il ne refuserait rien qui soit «raisonnable».

Dans la salle où se tenait la conférence de presse, l'épouse de Michael Ignatieff, Zsuzsanna Zsohar, et plusieurs membres de son entourage n'ont pas pu retenir leurs larmes.

Le caucus libéral, réduit à sa plus simple expression, se réunira la semaine prochaine à Ottawa pour choisir un chef intérimaire.

En vertu de la constitution du Parti libéral, l'élection d'un nouveau leader doit avoir lieu dans les six mois suivant la démission effective d'un chef. Un congrès du parti est déjà prévu au début décembre. Ce sera la quatrième fois en huit ans que les libéraux changeront de chef.

Bob Rae, l'un des rares députés libéraux à avoir survécu au désastre de lundi soir, a indiqué mardi qu'il songeait à prendre part à la course.

Début d'autopsie

M. Ignatieff a rejeté les critiques qui lui reprochent d'avoir plongé le pays en campagne électorale alors que son parti n'était pas prêt. Le chef démissionnaire a rétorqué que la «souveraineté» du Parlement était en jeu puisque le gouvernement de Stephen Harper avait été reconnu coupable d'outrage aux Communes juste avant le déclenchement des élections.

L'homme de 63 ans a reconnu que la diffusion par les conservateurs, des mois avant les élections, de publicités qui l'ont dépeint comme un intellectuel déconnecté de la réalité, absent du Canada pendant 30 ans, avait grandement nui à sa campagne.

«J'ai passé des années difficiles où on a remis en question mon patriotisme, mon attachement au pays, a-t-il confié. On questionnait mes motivations et ç'a eu un effet politique, sans doute.»

Même s'il a qualifié de «peu scrupuleuses» les publicités conservatrices, Michael Ignatieff a refusé de s'apitoyer sur son sort.

«La seule chose que les Canadiens aiment moins qu'un perdant est un perdant amer et je quitte la politique la tête haute, a-t-il assuré. Quand les Canadiens me rencontraient, ils pensaient 'hé, il n'est pas si mauvais'.

«Mais vous savez, je n'ai pas rencontré assez de Canadiens, alors... (...) Si je ne pouvais pas 'connecter' avec les gens, c'est ma responsabilité.»

Avec 34 députés, soit moins que le précédent record de 40 enregistré sous John Turner en 1984, le Parti libéral n'est plus que l'ombre de lui-même. Récoltant à peine 18,9 pour cent du vote populaire, la formation a subi un net recul par rapport aux 26,2 pour cent recueillis par Stéphane Dion en 2008.

Remobiliser les militants ne sera pas le seul défi des libéraux. La détermination des conservateurs de mettre fin aux subventions fédérales aux partis assoiffera la formation, qui en dépend fortement.

Pour encourager les libéraux à garder espoir, Michael Ignatieff a tenu à rappeler la «destruction massive» subie par le parti aux élections de... 1958.

«(Le premier ministre conservateur) John Diefenbaker semblait alors triomphant et éternel, mais quelques années plus tard, (le libéral Lester B.) Pearson était de retour avec cinq ans d'un gouvernement qui a été le plus productif dans l'histoire du XXe siècle», a-t-il relaté.

Fusion?

Il reste que lundi soir, déjà, l'un des rares députés libéraux à avoir survécu au désastre, Bob Rae, ramenait au premier plan l'idée d'une fusion entre les libéraux et le NPD. M. Ignatieff a soutenu mardi qu'il n'y croyait pas.

«La garantie la plus sûre de la survie du Parti libéral sera quatre ans de gouvernement conservateur de droite et quatre ans d'opposition NPD de gauche et j'espère qu'après cette expérience, les Canadiens vont redécouvrir pourquoi nous avons le Parti libéral au centre», a-t-il affirmé, en répétant que les deux partis sont issus de «traditions séparées».

Michael Ignatieff a néanmoins ajouté: «comme je ne suis plus dans la politique active, c'est aux autres de faire leur choix» quant à un éventuel regroupement.

M. Ignatieff a terminé son ultime conférence de presse en exprimant le souhait qu'un membre de l'équipe qu'il a recrutée _ préférablement une femme _ prenne un jour la direction du Parti libéral et du pays.

«Si ces jeunes gens réussissent à ma place, tout ce que j'ai tenté de faire en politique, ça n'aura pas été en vain», a-t-il conclu.