Layton confiant d'avoir plus de poids à Ottawa

Jack Layton. Nathan Denette / La Presse Canadienne

TORONTO - Propulsé au titre de chef de l'opposition officielle, Jack Layton fera face à un gouvernement conservateur majoritaire aux Communes, mais il est néanmoins convaincu qu'il aura plus de poids que jamais pour influencer les décisions du gouvernement.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a fait campagne avec le slogan «Travaillons ensemble». Et, à l'entendre au lendemain de l'élection qui a offert des résultats historiques pour son parti, il fonde beaucoup d'espoirs sur cette approche.

Questionné à savoir comment le NPD pourrait influencer un gouvernement majoritaire, M. Layton a rétorqué que ce serait en «travaillant» à mobiliser l'opinion publique pour faire pression sur les conservateurs de Stephen Harper.

Or, les néo-démocrates s'opposeront désormais à un gouvernement conservateur qui détient la majorité des sièges aux Communes, et qui ne sera donc plus forcé de céder à la menace d'être renversé par l'opposition.

Il y a cinq semaines, les troupes de Stephen Harper étaient minoritaires, une toute autre dynamique qui a d'ailleurs mené à l'élection fédérale de lundi suite à la défaite du gouvernement lors d'un vote de censure, fin mars.

«Mais on peut influencer les décisions d'un gouvernement, en travaillant avec les gens partout au Canada pour la création d'une opinion publique pour ou contre telle ou telle mesure. C'est comme ça que ça fonctionne», a rétorqué Jack Layton, en conférence de presse à Toronto mardi.

Invité à maintes reprises à préciser s'il avait maintenant confiance que M. Harper face preuve de compromis, Jack Layton n'a pas répondu.

«Si M. Harper a raison quand il dit qu'il veut travailler avec les autres partis, alors on va voir. Nous sommes préparés à le faire. Mais ça prend deux (personnes) pour avoir les discussions», s'est-il contenté d'indiquer.

Stephen Harper n'a été élu que par 40 pour cent du suffrage populaire et il a donc «l'obligation et l'occasion en tant que premier ministre de travailler avec les autres», a plaidé M. Layton.

S'il ne détenait que 36 sièges au moment de la dissolution de la Chambre, fin mars, le NPD a presque triplé sa députation lundi soir, en terminant la soirée avec 102 sièges à travers le pays, du jamais vu.

Au Québec, où la «vague orange» s'est d'abord déclarée, le NPD a plutôt offert un tsunami, en raflant pas moins de 58 comtés sur les 75 que compte la province, dont celui de Laurier-Sainte-Marie que le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe détenait depuis 20 ans.

Les néo-démocrates ont carrément rayé les bloquistes de la carte électorale du Québec, un parti qui se targuait de défendre les intérêts de la Belle Province à Ottawa.

Jack Layton affirme pouvoir lui aussi s'en charger. Mais il est resté vague, depuis quelques semaines, quant aux nouvelles mesures que ses troupes pourraient mettre de l'avant.

La soixantaine de députés québécois - dont une bonne part en seront à leur première expérience comme élus fédéraux - devra oeuvrer au sein d'un caucus national, défendant les intérêts de tout le Canada.

Pas de nouveau non plus sur l'intégration du Québec à la Constitution canadienne. M. Layton a plaidé qu'il voulait toujours présenter les «conditions gagnantes» pour un Québec au sein du Canada, un plan de match qu'il n'a pas davantage détaillé.

Le chef du NPD s'est par ailleurs une fois de plus fait demander comme son parti arriverait à intégrer autant de jeunes députés inexpérimentés.

En «travaillant très fort» pour les encadrer, a dit le chef de l'opposition officielle.

L'équipe de recrues du NPD a été critiquée pendant la campagne, forçant Jack Layton à défendre certains candidats ayant pris des vacances ou d'autres ne s'exprimant pas bien en français.

Sans relâche, le leader néo-démocrate a rejeté les reproches, en assurant, comme il l'a fait mardi, que ses futurs députés, dont il se dit fier, étaient prêts à venir le rejoindre à Ottawa.

Quant à sa nouvelle élue dans Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau, qui s'était éclipsée à Las Vegas pendant la campagne et qui ne s'exprime pas bien en français, M. Layton a fait valoir que son équipe l'encadrerait.

«On va travailler avec elle pour s'assurer que les services essentiels pour une députée soient là et que sa française (sic) soit amélioré jusqu'au point qu'elle peut représenter ses commettants exactement comme il faut», a-t-il argué.

Il s'est montré d'ailleurs un peu exaspéré face aux multiples questions concernant l'inexpérience et la jeunesse de son caucus. Oui, des jeunes ont été élus, mais ce devrait être un sujet de célébration, pas une cible de critiques, a fait valoir M. Layton.

Mais il s'est en revanche montré ému, au moment de raconter sa réaction lorsqu'il a été appris qu'il dirigerait l'opposition officielle aux Communes. Sa première pensée a été pour sa petite-fille de deux ans, Béatrice, et la nouvelle génération, celle pour qui tous les politiciens se battent, a-t-il expliqué.