La v-p du Bloc: 'ce n'est sûrement pas la fin'

Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL - Si certains s'aventurent déjà à évoquer la fin du Bloc québécois, à cause de sa dégelée électorale de lundi, sa vice-présidente Vivian Barbot, elle, assure que ce ne sera pas le cas et que la désaffection des Québécois pour le Bloc ne sera que temporaire.

«Ce n'est sûrement pas la fin», a-t-elle laissé tomber, en entrevue mardi matin, au lendemain de la défaite cuisante du Bloc québécois.

Mme Barbot, pourtant elle-même battue dans la circonscription de Papineau, à Montréal, se montrait tout de même sereine.

Le Bloc, qui détenait 47 sièges à la dissolution de la Chambre, n'en a plus que quatre sur les 75 que compte la province. Et il a même perdu son chef, Gilles Duceppe, battu lui aussi dans Laurier_Sainte-Marie et qui a annoncé sa démission.

Mme Barbot affirme qu'à son avis, il n'est pas question que le Bloc se disloque ou fusionne avec le Parti québécois.

Elle croit que le parti pourra se remettre de cette dégelée, à condition que tous ceux qui y croient y mettent le temps et les efforts. «Tout dépend de la volonté qu'on va y mettre. Ça dépend comment nos membres et les députés vont se positionner. Moi je ne pense pas que ce soit irrémédiable. Avec le temps... on va y mettre le temps et le travail qu'il faut», a plaidé Mme Barbot.

Le caucus des députés et candidats du Bloc se réunira justement la semaine prochaine.

«C'est évident qu'avec 25 pour cent de la population qui a quand même voté pour nous malgré ce tsunami, nous avons un devoir de continuer à les représenter correctement. Et c'est dans ce sens-là qu'on va essayer de travailler», a confié Mme Barbot.

L'ancien député bloquiste Serge Ménard, qui avait choisi de ne plus briguer les suffrages, ne croit pas que les électeurs québécois ont rejeté le Bloc parce qu'ils en étaient insatisfaits. «Il n'y a rien dans cette dégelée qui manifeste une condamnation de l'action que nous avons menée ou de la compétence que nous avions», a opiné en entrevue l'ancien ministre péquiste.

«Mais ça indique un choix d'une proportion importante des gens qui sont pour la souveraineté du Québec sur l'opportunité d'avoir un parti à Ottawa. Je regarde les chiffres et 23,6 pour cent ont voté pour les candidats du Bloc. Pourtant, dans les sondages, c'est 40 ou 46, des fois 48 pour cent (qui se disent en faveur de la souveraineté). Donc, il y a des gens qui se disent prêts à voter pour la souveraineté du Québec mais qui ne voient pas l'utilité d'avoir un parti souverainiste à Ottawa», conclut M. Ménard

Néanmoins, selon lui, le Bloc survivra à cette crise. «Je crois que c'est possible, oui.»

Une des quatre survivantes du Bloc, la députée d'Ahuntsic Maria Mourani, avoue que le parti n'aura plus les mêmes ressources, mais il aura tout de même quelques moyens, pourra poser des questions et participer à des comités.

Elle sait que les Québécois ont voulu adresser un message au Bloc, mais elle ignore encore lequel. «Il n'y a pas un seul message; il y a des messages. Il y a tellement de messages qu'on ne sait pas trop. Les gens m'appellent pour me dire 'le Bloc, vous faisiez du bon travail à Ottawa'. Alors pourquoi (ont-ils voté contre le Bloc)? Est-ce qu'ils voulaient changer pour changer?» demande-t-elle, perplexe.

«On a un post-mortem à faire, à évaluer quelle est notre place sur l'échiquier politique. Moi, je crois fondamentalement qu'on a notre place à Ottawa. Quand même, malgré cette vague-là, il y a 24 pour cent des gens qui ont voté pour le Bloc», rappelle-t-elle.

FTQ

Le président de la FTQ, Michel Arsenault, qui avait recommandé de voter en faveur du Bloc québécois, se disait «assommé» par le résultat de l'élection.

Cette défaite cuisante du Bloc prouve selon lui que les syndicats au Québec n'ont pas l'influence politique qu'on leur prête. «On s'est fait accuser, les syndicats, de diriger le Québec. Ça prouve une chose: que ce n'est pas vrai que la FTQ gouverne le Québec. Et moi je respecte la volonté populaire», a-t-il commenté en entrevue.

La FTQ se retrouve même avec un conseiller aux communications d'un de ses principaux grands syndicats, Alexandre Boulerice, qui a été élu député pour le NPD.

M. Arsenault se dit «inquiet» de passer les quatre prochaines années «avec un gouvernement qui ne partage pas nos valeurs», le gouvernement conservateur maintenant majoritaire de Stephen Harper.

Du même souffle cependant, il admet des affinités idéologiques avec le Nouveau Parti démocratique, notamment sur l'assurance-emploi et les revenus de retraite. «On a des liens privilégiés avec le NPD», a relevé le président de la plus grande centrale syndicale du Québec.