Décès de l'auteur américain Gore Vidal

GB / The Associated Press

LOS ANGELES, États-Unis - Un géant de la littérature américaine disparaît. L'essayiste, romancier, dramaturge et scénariste Gore Vidal est mort mardi à l'âge de 86 ans.

Personnage élégant, acerbe, immodeste et brillant, critique mordant de l'Amérique et de ses politiques, il incarnait, comme Norman Mailer ou Truman Capote, cette dernière génération d'écrivains devenus des célébrités à part entière, aussi connus que les stars qu'il fréquentait.

Gore Vidal s'est éteint chez lui, à Los Angeles, emporté par les complications d'une pneumonie, a annoncé son neveu Burr Steers. L'écrivain, qui vivait seul dans sa maison du quartier de Hollywood Hills, était malade «depuis un certain temps», selon son neveu.

Son oeuvre compte une centaine d'essais notamment politiques, des succès de librairie comme le roman historique «Lincoln» sorti en 1984 et «Myra Breckenridge et Myron», un roman comique, sans doute son plus inventif, sur une star de cinéma transexuelle, paru en 1968. Dans «Un garçon près de la rivière», publié en 1948, il avait été l'un des premiers auteurs à mettre en scène des personnages ouvertement homosexuels.

Esprit frondeur et indépendant dans la tradition d'un Mark Twain, Gore Vidal était connu pour ses prises de positions tranchées, que ce soit sur la politique, la culture ou le sexe. Il n'épargnait pas les hommes politiques, vivants ou morts, raillait le puritanisme et la religion en général, et se montrait sans pitié avec ses pairs.

Ironiquement, ce critique de longue date du militarisme américain, qui s'était opposé aux guerres du Vietnam et d'Irak, était né en 1925 à l'académie militaire de West Point dans l'État de New York où avait été formé son père.

À la fin de sa vie, il avait dérouté ses fans en nouant une amitié épistolaire avec Timothy McVeigh, l'auteur de l'attentat d'Oklahoma City de 1995, exécuté en 2001. Il avait choqué en déclarant que McVeigh n'était pas plus un assassin que le président Dwight Eisenhower et en affirmant que l'administration Bush avait connaissance à l'avance des attentats du 11 septembre.

S'il conservait un sens de l'honneur à l'ancienne, Gore Vidal affichait une volonté très moderne de vivre loin des conventions de son époque. Dans ses mémoires, «Palimpseste», il revendiquait plus de mille «rencontres sexuelles», mais rien d'extraordinaire, selon lui, par rapport à John Kennedy ou Tennessee Williams. Il aimait l'alcool et pensait avoir goûté à toutes les grandes drogues. Il ne s'était jamais marié mais, pendant des décennies, avait vécu à Ravello, en Italie avec son compagnon Howard Austen, avant de rentrer aux États-Unis.

Grand, racé et élégant, avec une voix de baryton, il était le plus éhonté et le plus chic de ces «name-droppers», qui adorent citer les noms des stars qu'ils fréquentent. Il côtoyait Frank Sinatra, Marlon Brando, Paul Newman et Hillary Clinton. Il était celui qui dînait avec Orson Welles à Los Angeles, déjeunait avec John et Jackie Kennedy en Floride, roulait en trombe dans les rues de Rome avec Tennessee Williams, donnait des coups de tête à Norman Mailer, emmenait Mick Jagger visiter la côte italienne et faisait campagne aux côtés d'Eleanor Roosevelt et Harry Truman.

Cet érudit essentiellement autodidacte s'ennuyait dans les salles de classe. Sorti de la prestigieuse Phillips Exeter Academy, il était parti à l'armée et n'était jamais allé à l'université. Son premier roman, «Williwaw», publié à 20 ans, avait été rédigé sous les drapeaux.

Gore Vidal avait ausis travaillé pour le théâtre, la télévision et le cinéma. Il est l'auteur de pièces comme «The Best Man», devenu «Que le meilleur l'emporte» au cinéma avec Henry Fonda, et des scénarios de «Soudain l'été dernier», adapté de Tennessee Williams, avec Elizabeth Taylor, ou «Le Gaucher» avec Paul Newman. Il avait aussi aidé William Wyler à écrire «Ben Hur», ajoutant à l'intrigue un contexte homosexuel sous-jacent, à l'insu de l'acteur principal Charlton Heston. Invité régulier des plateaux des talk-shows à la télévision, il avait aussi joué les acteurs dans plusieurs films comme «Bienvenue à Gattaca» et même le dessin animé «Les Simpson».

Il avait sans succès essayé de se faire élire, notamment en 1960, comme candidat démocrate au Congrès dans une circonscription de l'État de New York. Ami de Jacqueline Kennedy, il avait soutenu le président JFK dont il avait dressé le portrait dans la presse après son élection. Il expliquait que la fonction de chef de l'État était «littéralement tuante». Kennedy «pourrait très bien ne pas survivre», s'inquiétait-il.

Malgré ses nombreuses activités, cet admirateur de Montaigne, Henry James et Edith Wharton se voyait avant tout comme un homme de lettres. En 1974, il avait contribué à faire découvrir l'écrivain italien Italo Calvino au public américain.