MONTRÉAL - Ils se déplacent en Bixi (bon, pas tout le temps, mais c'est tellement design!), aiment parler littérature au Continental (l'endroit parfait pour observer la vedette dans son habitat naturel) et passent leur temps à déguster des cafés spécialisés sur les terrasses (mais pas celles au sud de la rue Sherbrooke, tsss).

Certains «Plateaupithèques» pourraient se reconnaître dans les gestes, les expressions et les habitudes du couple de l'émission humoristique «Les bobos», Sandrine et Étienne Maxou, respectivement campés par Anne Dorval et Marc Labrèche.

Une partie du bottin de l'Union des artistes aussi, à en croire Marc Labrèche: «C'est sûr que c'est notre milieu, c'est un peu notre patente. Mais multiplié par vingt».

«Bobo» est une contraction de «bourgeois-bohème», une traduction de l'anglais «bourgeois bohemian», un terme employé dans un ouvrage de David Brooks intitulé «Bobos in Paradise: The New Upper Class and How They Got There».

Le scénariste Marc Brunet s'est fait un malin plaisir de caricaturer au maximum les dialogues. Au lieu de miser sur l'humour absurde visuel, comme il le faisait dans Le coeur a ses raisons et 3600 secondes d'extase, il a cette fois choisi de teinter les conversations d'une bonne dose de «naïveté».

Anne Dorval préfère parler de «presque imbécilité» que de «naïveté». Et le fait que les personnages lancent de telles bêtises à la chaîne a permis aux acteurs de privilégier un jeu plus subtil, plus nuancé, estime la comédienne.

«C'est un jeu très réaliste. Mais ce qu'ils disent, ce sont des énormités. Des énormités! Moi, j'en dis, des énormités, mais au moins j'ai un bon sens de l'autodérision. J'ai un certain recul, mais eux, jamais, jamais ils ne se remettent en question», lance-t-elle.

Les attentes envers «Les bobos» sont «au plafond», a reconnu d'entrée de jeu la directrice de la programmation de Télé-Québec, Dominique Chaloult, lors de la projection de presse qui s'est tenue mardi à l'Excentris, l'un des hauts lieux de la «bourgeoisie-bohémienne» du Plateau Mont-Royal.

Le choix de l'endroit n'était pas fortuit. Le café attenant au cinéma de la rue Saint-Laurent a servi de laboratoire aux «deux Marc».

Après que Dominique Chaloult les eut approchés pour leur proposer d'élaborer une émission pour la télévision publique, ils ont planché sur un premier concept, mais celui-ci ne décollait pas.

«On sentait qu'on tournait en rond. On s'est retrouvés au café Méliès un après-midi pour prendre une bière, puis on s'est dit: 'Pourquoi on ne parlerait pas de ça, du monde qui nous entoure, des gens du Plateau?'. Ça s'est fait comme ça, ben spontanément», se souvient Marc Labrèche.

Le premier «Oh my God!» n'était pas encore écrit que déjà, les deux complices savaient qu'une seule personne pouvait camper Sandrine Maxou: Anne Dorval.

Celle-ci dit ne pas avoir hésité à se lancer dans l'aventure. Surtout que, pour une première fois, son bon ami Marc Labrèche porte le chapeau de réalisateur en plus de porter les foulards d'Étienne, sans doute dégotés dans une boutique de la rue Laurier ouest.

«Il sait comment rendre ce qui est drôle et le sublimer à l'écran. Le fait qu'il réalise, moi, ça me rassure beaucoup», expose Anne Dorval.

«Il me dirige parfois avec des pincettes, parce qu'il a tellement peur de me blesser, poursuit-elle, mais je lui dis de me faire signe quand ça ne marche pas, que je ne suis pas dans le ton!»

Marc Labrèche signe, avec «Les bobos», une première réalisation. Il dit s'être retrouvé derrière la caméra de façon quasi naturelle.

«C'est comme venu de façon un peu organique, je dirais. C'est même pas une velléité de devenir réalisateur ou de me proclamer réalisateur. Je n'ai pas cette ambition, ni cette prétention-là», explique-t-il.

On en saura peu sur la vie personnelle de Sandrine et Étienne Maxou. On saura qu'ils ont mangé avec Xavier Dolan et que Guy A. Lepage est leur «buddy». On les entendra faire du «name dropping» jusqu'à plus soif. On les verra interagir avec leur couple d'amis banlieusards (Pierre Brassard et Jennie-Anne Walker).

Mais jamais on ne s'attardera aux hauts et aux bas de leur vie conjugale, note Marc Brunet. Ce choix artistique est certes à l'image de la vacuité que dégage le couple bobo, mais il est aussi guidé par un désir d'explorer un nouveau créneau que les relations de couple.

«Tout ce qui est relation homme-femme, ça a été fait beaucoup et ça a été très bien fait», estime Marc Brunet en citant notamment «Un gars, une fille».

La nouvelle émission du prolifique duo Labrèche-Brunet, d'une durée de 30 minutes, prendra d'assaut les ondes de Télé-Québec à compter du vendredi 14 septembre, à 20 h.