La mort sordide de Farshad Mohammadi m'a rappelé cet épisode douloureux où mon beau-frère a failli finir sans-abri.

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Farshad Mohammadi était un autre de ces fous mésadaptés que l'on appelle «sans-abri». Dans son délire, il est devenu dangereux, et il est tombé sous les balles des policiers dans le métro.
Sa mort a ramené la polémique sur la carence de soins psychiatriques cohérents, mais la meilleure organisation ne pourra rien pour des personnes atteintes d'un mal qui les prive justement de toute cohérence, et qui refusent tout soin psychiatrique.
Toutes les personnes atteintes de maladie mentale ne sont pas folles en permanence, mais certaines n'en reviennent jamais. Rares sont les fous assez dangereux pour attaquer des policiers avec un X-Acto, mais les fous sont tous dangereux pour eux-mêmes.
La folie du beau-frère
Bref, il y a neuf ans, la blonde de mon beau-frère, Mark, vient nous trouver en pleurant. On n'était sans nouvelles d'eux depuis quelques mois et elle nous apprend que Mark s'enfonce dans le silence, la dépression et qu'il entretient des idées suicidaires.
La nouvelle ne nous étonne pas : Mark a déjà été dépressif et il avait traversé de longs épisodes de renfermement.
La blonde, elle, a déjà eu un amant dépressif et elle ne veut pas revivre ça. Elle va chercher de l'aide au CLSC, mais elle est clairement au bout du rouleau. Et effectivement, au bout de deux semaines, elle le plaque.
Mark est très intelligent : il fait un doctorat en psychologie, mais il a des difficultés avec son directeur de thèse. Il est aussi adepte du mouvement rastafari, une religion qui tient l'empereur d'Éthiopie pour descendant de Salomon. L'un des sacrements du rastafarisme est de fumer de la marijuana - ce qui n'aide en rien sa dépression.
À la fin de l'automne, Mark a déménagé dans un minable logis de la rue De Bullion, il ne paie pas son loyer, il n'a pas le téléphone, il fume du pot et ne veut rien savoir de personne - sauf son revendeur.
Julie s'arrache les cheveux de la tête pour faire en sorte qu'il réponde, et lui organiser une thérapie, mais il est de plus en plus renfermé.
Bonjour la police
À un moment donné, Mark ne répond plus et Julie s'inquiète. Elle appelle la police pour faire ouvrir. Comme Mark est suicidaire, les deux voitures arrivent en cinq minutes.
Les quatre policiers sont très corrects, ils frappent plusieurs fois à sa porte, en nous demandant de nous écarter.
Au bout de dix minutes, Mark finit par répondre. Dès qu'ils entendent le loquet tourner, les quatre policiers portent la main à la crosse de leur arme. Inutilement.
Mark sort.
«Êtes-vous correct, monsieur?
-- Oui oui.»
Les policiers s'en vont. Je vais m'excuser de les avoir dérangés pour rien, mais ils sont plutôt contents. Ça sent le gazon brûlé dans son appartement, mais ils ont vu pire.
Dérangé
Mark n'est pas content qu'on l'ait dérangé, mais Julie lui explique qu'elle refuse qu'il ne réponde pas.
Il ne comprend pas très bien. Lui rêve d'aller vivre en Colombie-Britannique, dans une roulotte au milieu de la forêt. Pourquoi le monde est-il toujours en train de le rattraper?
Finalement, quelques semaines plus tard, Mark s'arrangera pour rater une tentative de suicide. Cette fois, il se fait assez peur pour appeler l'ambulance. Il se retrouve enfin à l'urgence et le système le prend en charge.
Il s'en est fallu finalement de très peu pour que Mark finisse à la rue.



