Je reviens, le cœur joyeux, de mon conventum des 30 ans de la promotion de 1982 du Séminaire de Sherbrooke.
Ce n'était pas gagné d'avance, remarquez. Un voisin m'avait raconté son propre conventum des 30 ans pour une autre école. Ils se sont réunis à huit sur une promotion d'environ 300. Tristounet.
Nous, c'était pas mal plus ambiance. Il est venu 66 anciens sur une promotion de 149 gars.
Ce niveau de participation est la chose qui m'a le plus surpris, en définitive. Pas les cheveux gris, pas les bourrelets, ni les doubles mentons ou les calvities, mais le fait que 30 ans après le diplôme, il en est venu presque la moitié sur 149.

Conventum du Séminaire de Sherbrooke

Crédit : Patrice Magnan

Promotion destroy
Cette participation est d'autant plus étonnante que notre groupe de finissants aura été sans doute le plus trash, le plus destroy, le plus deuh de toute l'histoire du Séminaire de Sherbrooke.
C'était les grosses années bottes Kodiak-à-cap délacées. Aucune activité culturelle sauf le sport. Ostracisme étouffant pour ceux qui sortaient du rang. Nous étions tellement obtus, qu'ils ont dû éliminer la cravate et le veston du code vestimentaire.
Notre promotion était tellement épouvantable qu'aucun prof n'est venu à notre bal de finissants. Remarquez, j'aurais fait pareil : nous avons aussi été la seule année même pas foutue de produire sa mosaïque de photos des finissants. Si vous vous promeniez dans les corridors, il y a une seule mosaïque qui manque : celle de la promotion de 1982.
J'ai appris par un des cadres de l'institution que le Musée du Séminaire avait longtemps détenu une importante collection d'armes anciennes, léguée en 2009 au musée régimentaire des Fusiliers de Sherbrooke. Je remercie la direction de nous avoir dissimulé l'information toutes ces années : c'était une question d'ordre public.

La réforme du temps
De l'eau sous les ponts, il en a coulé presque le double de l'âge que nous avions alors.
C'est l'œuvre du temps : déforme rime avec réforme.
Comme c'était un collège de garçons de bonne famille avec les bonnes flèches dans le carquois, la proportion de types qui ont réussi dans leur domaine est nettement au-dessus de la moyenne.
Beaucoup d'ingénieurs, d'avocats, de médecins, de professeurs, de chefs d'entreprise et de directeurs d'école. Deux acteurs-comédiens aussi, deux bédéistes, un scribouilleur et un auteur-compositeur-interprète aussi. Pas de dentiste, mais un optométriste. Et un rentier aussi.
Pas de très grosse vedette : ni premier ministre (Charest a fait la polyvalente Montcalm), ni ministre, ni même un député. Tout juste deux ou trois ex-conseillers municipaux.
Parmi les absences que nous n'avons pas déplorées, il y a un pédophile et un Hells Angel, capturé par la police il y a deux semaines et qui doit répondre de 22 accusations de meurtres et de complot pour meurtre.
Comme vous voyez, le privé mène à tout.

Les choses immuables
Malgré les cheveux gris, les bourrelets, les doubles mentons, les calvities, certaines choses n'avaient pas changé : les voix, les regards, les anciennes amitiés.
Les vieilles farces, aussi. Les gars qui vont visiter la crypte à la recherche du légendaire tunnel vers le Mont Notre-Dame, l'école de filles de l'autre côté de la rue. Dalpé et Darche qui cherchent à monter sur le toit de la tour du huitième étage pour voir la vue. Bébé et Duduc qui cherchent à avoir la clé de l'ascenseur. Moi et les toasts à cannelle des bonnes sœurs de la cafeteria.
Mon autre surprise a été à quel point l'établissement avait changé en 30 ans. Pas le bâti, remarquez : c'était les mêmes planchers, les mêmes crucifix, mais l'esprit qui l'habite est fort différent.
D'abord, les curetons ne sont plus en charge. André Métras, qui était notre surveillant il y a 30 ans, est le premier recteur laïc.
Depuis 1994, il y a aussi... des filles. Pas croyable. 350 sur 1050 élèves environ. Ce qui a considérablement réduit la brutalité entre élèves - rien que pour ça, je salue la mixité.
Les 400 pupitres en bois de la salle d'étude ont disparu : c'est désormais la salle des 3e et des 4e. La vieille chapelle avec son autel-dolmen est devenue la bibliothèque - avec un autel-dolmen en vestige au beau milieu.

Soyons nostos
Comme de bonne, après minuit, on s'est retrouvé en petit groupe chez Yves, le fils à Lauréat, à se faire un bûcher d'enfer au milieu du champ. Comme dans le bon vieux temps.
La nostalgie est, forcément, le moteur de ce genre de rassemblement. C'est un sentiment très complexe qui mêle la joie et le regret.
Le dosage s'est avéré fort juste pour nous tous, pour avoir pu réunir tout ce beau monde.
L'organisateur, Marc Fortier, nous avait préparé une surprise en commandant à l'un de nos deux artistes en résidence, le bédéiste Forg, la mosaïque de photos des finissants. Il n'est jamais trop tard.
Cela fait toujours un regret de moins.

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Collaborateur au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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