Ainsi donc, la CLASSE va donner des cours de Manipulation 101 et de Propagande 201 aux étudiants ontariens. La Révolution du Carré Rouge se transporte à Toronto : Queen's Park et Bay Street en tremblent déjà.
Nous pouvons tous être fiers de cet important transfert de compétences.
Hier midi, j'écoutais un animateur radiocanadien demander pourquoi les étudiants ontariens n'avaient jamais pu faire front pour bloquer la hausse des frais de scolarité.
Je peux imaginer plusieurs raisons. L'une d'entre elles est simplement le fait que les classes dominantes anglophones prennent rarement le parti de l'émeute, ce qui force la rue à assumer ses humeurs.

Prise de la Bastille

Hulton Archive/Getty Images

Différence sociologique
Considérez seulement la Révolution française : c'est parti comme une émeute d'affamés en période agitée - une constante de l'histoire européenne avant 1914. Et cela a très vite pris des proportions gigantesques parce qu'une partie de l'aristocratie et de la bourgeoisie française s'est ralliée à la rue - par principe ou par calcul.
Or, même si les émeutes de pain étaient monnaie courante à Londres, les aristocrates ou les bourgeois anglais ont rarement appuyé les émeutiers. C'est l'une des différences sociologiques les plus importantes entre Français et Britanniques, et elle se vérifie également sur notre continent.
Il suffit de revoir, durant notre crise du carré rouge, comment une bonne part des maîtres, des journalistes et des députés a pris fait et cause pour la rue.
Heureusement, le Québec n'a pas complètement sombré dans la psychose collective, mais il s'en est fallu de très peu. J'ose espérer qu'il ne s'agit pas d'un signe avant-coureur.

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Vive la République
À méditer en cette semaine où nos chers Français célébreront leur Révolution et la République.
Je me suis toujours étonné du fait que les Français aient choisi le 14 juillet comme date symbolique, car la prise de la Bastille fut un non-événement : l'attaque d'une place forte sans troupes et d'une prison sans prisonniers. Cela faisait bien 100 ans que le roi n'était plus basé à Paris, mais en banlieue.
En fait, la République est née trois semaines plus tard dans la nuit du 4 août 1789, lorsque l'Assemblée constituante abolit tous les privilèges anciens issus de la féodalité et proclama l'égalité de tous devant la loi.
Ce fut le point d'orgue avant le plongeon en spirale.

L'agitation était telle qu'on ne sait plus quand et comment au juste les beaux principes ont dérapé dans la folie collective, mais cela est très vite parti en sucette.
On y a vu le pire et le meilleur : l'abolition de l'esclavage et les massacres de paysans nantais, le système métrique et la réforme du calendrier républicain, l'abolition des privilèges et le massacre des privilégiés, le télégraphe optique et la guillotine, le Code civil et les guerres napoléoniennes, l'abbé Grégoire et Robespierre, la Révolution et la Terreur, le Consulat et l'Empire.

Les Français ont mis 173 ans à digérer le choc de ces semaines fatidiques et à trouver un équilibre dans leur société - en dotant la présidence de pouvoirs quasi monarchiques.
La Révolution française fascine par son échec relatif - elle a vite viré à l'empire -, mais aussi en tant que succès d'exportation.

Les révolutionnaires voulaient réinventer l'Homme et ils ont vite tenté d'exporter leur projet - ce que les Américains n'ont absolument pas fait, bizarrement. Ils étaient au moins aussi fervents, mais ils ont tenté de garder leur révolution pour eux aussi longtemps que possible.
Les Français ont littéralement inventé la révolution, ils l'ont exportée plusieurs fois, tant et si bien que presque toutes les grandes révolutions des deux siècles suivants ont toutes repris le modèle français - avec pratiquement les mêmes abus.

Évidemment, les Français ont exporté leur révolution et nous exportons nos Dubois-Bureau-Blouin-Nadeau et associés. Ce serait super s'ils pouvaient s'exporter complètement et rester en Ontario. Mais je gagerais que les Ontariens vont nous les retourner avant longtemps...

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Collaborateur au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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