istock

Toute la polémique sur le prétendu recul du français à Montréal, suite aux dernières études de l'OQLF, est basée sur une notion très fausse de ce qu'est un francophone.
Un francophone, ce n'est pas un Canadien français ou un francophone qui «parle le français à la maison».
Un francophone, c'est quelqu'un «qui parle français». Point à la ligne. LISEZ le dictionnaire.

Les francophones qui ont le français pour langue maternelle (ou qui parlent cette langue à la maison) ne sont qu'une variété de francophones assez rare - à l'échelle mondiale, ils représentent seulement le tiers de 220 millions de francophones de la planète. Tous les autres ont appris le français à l'école et parlent anglais, wolof, arabe, berbère à leur mère à l'heure de la soupe.
Il n'y a qu'au Québec que l'on tolère une définition aussi restrictive du terme francophone, limitée aux Canadiens français ou à «ceux qui parlent français à la maison».
Pourquoi pas la ceinture fléchée ou la tourtière au ketchup, tant qu'à faire? C'est une honte.

Langue publique
L'objet premier de la loi 101 n'est pas d'amener les gens à parler le français à la maison ou de les transformer en mangeurs de tourtière au ketchup. Elle vise à s'assurer que le français acquiert et conserve sa vigueur en tant que langue publique. Rien à voir avec la langue dans laquelle vous servez la soupe.

Le seul critère raisonnable de mesure du fait français au Québec serait de demander aux gens s'ils parlent le français ou s'ils l'utilisent - à la maison, au travail, dans leurs rapports aux autres.
Les statistiques sur le «français parlé à la maison» n'ont de sens que dans ce contexte. Autrement, ce n'est qu'une façon politiquement correcte de continuer de s'obséder sur la tribu, l'ethnie et la race. C'est ringard, rétrograde, raciste.

Le pari fantastique
L'autre objet de la loi 101 est de franciser les immigrants et leurs enfants. Pas pour faire en sorte que la tourtière au ketchup soit servie en français à la maison, mais simplement pour qu'ils sachent s'exprimer en français en public et au travail.
Les problèmes sont nombreux, voire insolubles, en matière de francisation des immigrants adultes. Mais la loi les oblige à envoyer leurs enfants à l'école en français - pas à leur parler en français.
(Dans ma prochaine chronique, je vous expliquerai les principaux obstacles à la francisation - et vous ne serez pas contents de ce que vous allez lire.)

Dans l'état actuel des choses, presque 100 % des enfants d'immigrants sont entièrement scolarisés en français et sont parfaitement capables (je dis «capables», pas «désireux») de s'exprimer en français dans à peu près tous les aspects de la vie. Il y a aussi un bon pourcentage d'anglophones qui scolarisent leurs enfants en français.
Bien sûr, le français n'est pas leur langue maternelle et ils ont tendance à prendre leurs vacances dans leur pays d'origine plutôt qu'à Kamouraska.

La décision de franciser tous les immigrants, prise en 1977, est un pari fantastique sur l'avenir. Cela veut dire, à terme, que le français ne reposera plus seulement sur les épaules des descendants de la tribu des 10 000 Français venus coloniser la Nouvelle-France il y a 350 ans.
Cela veut dire aussi que cette tribu-là va se diluer pour devenir autre chose. C'est exactement ce qui se passe 34 ans plus tard : c'est ce que démontrent les études de l'OQLF.

Bref, le français, ce n'est plus la langue d'une ethnie, mais la langue de toutes les ethnies. Au lieu de nous en désoler, nous devrions nous réjouir : le premier objectif de la loi 101 est atteint.
Ce que ce nouveau «nous» donnera à long terme, on ne sait pas. Il est là, le pari.
Mais il est certain que vous ou vos enfants allez ramener au prochain party de Noël un Ahmed, une Consuelo ou juste une McIntyre de base. Mononque Gérald ou matante Pauline seront obligés de leur expliquer qui c'est, Beau Dommage, et ils s'essaieront avec la harissa sur la tourtière.