Il est légitime de vouloir défendre le français au Québec, mais encore faut-il se demander quelle partie on joue et sur quelle patinoire!

Je passe toute la semaine à Québec au Forum mondial de la langue française à titre de conférencier et de blogueur invité, mais je n'aurais pas manqué ça pour tout l'or du monde.

C'est la première fois qu'un tel Forum est organisé. Cela se veut très différent des Sommets de la Francophonie, ces grands-messes diplomatiques et empesées.

« Bousculez-nous, dérangez-nous », a demandé Abdou Diouf, le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, conjurant les participants d'être des « indignés de la langue ».

Rogerio Barbosa AFP // Rogerio Barbosa AFP

Notez bien une nuance énorme : ce ne sera pas le Forum de la Francophonie, mais le Forum Mondial de la langue française, donc celui de tous ceux qui parlent cette langue tous pays confondu.

Ici, pas de protocole. Tout juste Stephen Harper et Jean Charest en cérémonie d'ouverture. Que des gens qui font des choses : grands écrivains et artistes, mais aussi présidents de chambre de commerce, génies du numérique, enseignants, étudiants.

Tout cela pour parler de la langue sous quatre grands thèmes : la diversité linguistique, la culture, l'économie et le numérique.

Langue mondiale

Ce forum passionnant sera très important pour les Québécois à plus d'un titre. D'abord parce qu'il enrichira le débat identitaire.

Les Québécois seront exposés à une autre définition du mot francophone : non ethnique. Un francophone, c'est quelqu'un qui veut passer une partie de sa vie en français. Pas seulement un descendant de Champlain qui aime la tourtière au ketchup.

Or, jamais la langue française n'a correspondu à des lignes ethniques ou nationales. Ni dans son domaine d'origine (quelque part entre la Belgique et la France). Ni en Amérique (où 30 millions de Québécois, de Canadiens, d'Américains, de Brésiliens, d'Haïtiens, de Mexicains la parlent).

La notion même d'une culture québécoise authentique et pure est un mythe (notre musique est irlandaise et notre sirop d'érable est amérindien). Et les Québécois parlent une langue métissée, mulâtre et mêlée. Historiquement, ce latin bâtard mâtiné de germanique a constamment subi les influences externes les plus diverses. Le caractère le plus emblématique de la langue française, le c cédille, n'est-il pas d'origine espagnole?

Bref, les Québécois participent d'un espace géoculturel beaucoup plus grand que leur patinoire habituelle. C'est une nouvelle patinoire, qui est en expansion constante, avec de nouvelles lignes.