Si vous saviez comme il est reposant de penser à l'université et au savoir autrement qu'en termes de dégel et de droit de grève!
J'ai passé toute la journée d'hier au congrès de l'ACFAS et je dois dire que cela m'a fait beaucoup, beaucoup de bien.

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L'ACFAS, mais qu'est-ce que ça mange en hiver?
Cette vénérable organisation, qui célèbre ses 89 ans cette année, est l'ancienne « Association canadienne-française pour l'avancement des sciences », rebaptisée Association francophone pour le savoir en 2001, mais qui a conservé le vieil acronyme.
Son 80e congrès annuel, au Palais des Congrès de Montréal, accueille 5000 chercheurs, dont presque un millier d'étrangers, réunis pour entendre ou livrer 3500 communications scientifiques sur une multitude de sujets, allant de la langue au Plan Nord, en passant par la santé et l'environnement.

À quoi ça sert
Cet événement - le plus grand rassemblement scientifique multidisciplinaire du monde francophone - est un formidable tremplin de réflexion sur ce qu'est l'autre but de l'université : l'avancement du savoir.
Comme bien des journalistes, j'ai une relation parfois trouble avec l'université. Les propos ésotériques de certains pelleteurs de nuages m'irritent au plus haut point, mais je cherche constamment leur opinion. Un bon chercheur est parfois une lumière, parfois il est une locomotive qui tire toute une société.
Car à quoi sert l'université? D'abord à bien former l'élite des penseurs de notre temps, tout en améliorant le niveau général de tous ceux qui la fréquentent : c'est la partie éducative. L'université sert aussi à faire avancer la connaissance. C'est son rôle stratégique. On imagine mal une société avancée sans université.

L'un des moteurs de la Révolution tranquille fut l'université. Les multinationales québécoises, la gestion de la santé, l'éducation, le Plan Nord, tout cela est possible par l'université ou, plus exactement, par le savoir.
C'est le premier miracle de l'université : par un effet de bricolage difficile à comprendre, la somme générale de tout ce pelletage de nuages fait avancer la société. Et même ses penseurs les plus détachés du monde réel y participent - parfois malgré eux.

Vous vous interrogez sur le miracle de Bombardier? Outre le fait que l'obscur garagiste de Valcourt était génial, il a beaucoup reçu de la proximité d'une faculté de génie dans son arrière-cour - celle de Sherbrooke en particulier. Son gendre, qui a dirigé l'entreprise pendant 30 ans, faisait même partie de la première fournée de diplômés!

La petite noirceur
Ce congrès a une résonnance particulière au Québec puisqu'il célèbre le combat du savoir contre l'obscurantisme. Pas le grand obscurantisme qui nie l'évidence des faits; mais le petit obscurantisme épais qui ne croit pas beaucoup au savoir - et dont le Québec a commencé à se sortir avec la Révolution tranquille.
Remarquez bien que je dis « commence », car ce n'est pas vraiment fini.
Je me suis amusé un jour à faire la comparaison entre Toronto et Montréal en matière d'universités et j'ai réalisé à quel point les Ontariens ont eu, très tôt, l'ambition du savoir.
Considérez seulement cette donnée : tracez un rayon de 150 km autour de Toronto et qu'est-ce que vous retrouvez? Une université à Peterborough, une autre à Guelph, deux autres à Kitchener-Waterloo, une à Hamilton, et une autre à St. Catharines.

Si vous faites le même exercice pour Montréal, vous trouvez Sherbrooke (qui en a deux), Trois-Rivières, et l'école vétérinaire de Saint-Hyacinthe (succursale de l'Université de Montréal). Il n'y a pas d'université à Sorel ni à Granby, Saint-Jérôme ou Joliette. Mais songez-y : il y en a bien une à Lennoxville! Et Hamilton n'est rien de moins qu'un gros Sorel.
Bref, si vous trouvez un peu ridicule l'idée que Sorel ou Granby ou Joliette puissent avoir une université, vous faites un peu partie du problème.