Rions un peu au milieu de l'apathie moite de ce début d'été. Après des semaines de conflit, de tension, de violence, l'actualité récente a définitivement décidé de verser dans le Grand Guignol. Premier sketch avec, et on y reviendra jamais assez à mon goût, l'épisode de la perquisition policière au domicile d'Amir Khadir. Le SPVM s'y trouvait après l'arrestation de sa fille, mais c'est bel et bien contre le porte-parole de Québec Solidaire que s'est principalement retournée la farce.

Mise en demeure

Mise en demeure

Pensez-donc, il cachait une affiche dans son salon. Une affiche d'une violence insoutenable, a en révulser d'horreur tous les Magnotta du monde : La liberté guidant le peuple de Delacroix parodiée en représentant Amir Khadir terrassant Jean Charest. En fait, une affiche promotionnelle du groupe Mise en Demeure. Avec le recul, on peut se poser la question de la motivation du SPVM à inclure cet objet décoratif dans le matériel susceptible de venir aider les enquêteurs, si ce n'est à imaginer que les services policiers aient pu être sous une forme de pression. Mais non, qu'on se rassure, cela n'est jamais arrivé, nulle part, voyons. Tant qu'à faire, je pense que la famille devait planquer aussi quelques couteaux bien aiguisés dans le tiroir de la cuisine, différents produits chimiques sous l'évier et, on tremble rien qu'à l'idée, une scie à chaîne dans le garage.

Le geste du SPVM est difficilement explicable, celui de certains médias d'en faire la une du lendemain lui est tout à fait évident. La grande campagne de décrédibilisation était donc lancée. Incroyablement bien réglée, la méthode est simple, il suffit d'inclure à n'importe quel prix des éléments factuels, aussi minces soient-ils, dans un contexte qui est en fait totalement politique. On a donc assisté à une longue séquence de cris horrifiés de ministres, de députés et d'à peu près tout ce qui est capable d'être horrifié du côté libéral. Le point culminant du sketch, dans un superbe travail d'écriture et de mise en scène, est arrivé lorsque l'on a utilisé le mot «dangereux » pour qualifier le fait d'afficher une toile pareille dans son salon. Je félicite d'ailleurs Amir Khadir d'avoir eu la présence d'esprit de ne pas posséder de photos de David Hamilton ou une reproduction de L'origine du monde de Gustave Courbet, sans quoi, c'était le cachot à coup sûr.

Dans le plus pur registre de la comédie, le gouvernement fédéral ne manque pas une occasion d'entrer en compétition avec le provincial. Pour preuve, les diverses réactions gouvernementales face à la mise en garde de l'ONU au sujet de la loi 78 et les possibles limitations des libertés individuelles que son application pourrait engendrer. Réponse du représentant du gouvernement, en substance : étrangement on n'entend pas l'ONU sur l'Iran, la Syrie ou le Sri Lanka. Savourez ici toute la qualité du gag. D'abord, l'ONU ne cesse d'exprimer ses inquiétudes sur la situation. Pour la Syrie, par exemple, la dernière de ces alertes date d'hier soir. Mais un bon mensonge a le mérite de ranger à vos côtés les ignorants et les indifférents, c'est toujours ça de pris. Ensuite, en plus d'être faux, l'argument sous-entend qu'une organisation comme l'ONU est incapable de se préoccuper de pires dictatures tout en gardant un oeil sur les lois et les décisions politiques prises dans les démocraties occidentales. Ils sont combien? Deux ou trois à travailler pour l'ONU après tout. C'est de trop rire qui doit faire mal au ventre ici. C'est vrai, une démocratie prend toujours les bonnes décisions, il n'y a donc aune raison d'émettre la moindre inquiétude.

En guise de rappel, retour au Québec avec la publicité diffusée par le PLQ, présentant un Jean Charest sans veste, au coeur de l'action, avec tous les symptômes, pour ne pas dire les stigmates, de la sincérité. Pas d'artifice, un homme regarde le peuple droit dans les yeux. Pour tout dire un exercice de communication plutôt réussi. Mais pour tous les manifestants, battant le pavé depuis des mois, il doit s'agir des 59 secondes les plus longues de leur vie. Un vrai exercice de gestion de la colère. On attend en trépignant le spot du PQ qui y répondra. Maintenant vous êtes prévenus, cette année la comédie de l'été ne sera pas à chercher dans les salles obscures.

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