Trous Story

Déjà, entre les deux grandes cheminées de l'ancienne Noranda, il y avait une rumeur, grosse comme un immense cochon rose, qui flottait entre les cheminées de la fonderie de cuivre : le film de Richard Desjardins, dévoilé au public pour la première fois dans le cadre du 30ème anniversaire du Festival du cinéma International allait secouer les puces, brasser le camarade, indisposer les minières... Et ici, indisposer les minières, c'est toute une affaire. Rouyn est une ville prospère grâce aux minières !

Je n'étais jamais venu en Abitibi et je m'attendais à arriver dans le Far West. Je me suis retrouvée dans un Pizzédélic après avoir hésité entre les sushis ou un thaï... Une abondance d'offres : un signe que ça va bien et que, sans mauvais jeu de mots, la région roule sur l'or.

Entre deux bouchées de pizza aux escargots, un vendeur d'assurance qui fait affaire avec des mineurs qui travaillent dans le Nord, mais vivent ici, me raconte qu'on va chercher la main-d'œuvre à la polyvalente tellement on a besoin de bras. Le taux de chômage est d'ailleurs inférieur à 5 %. Et, que dire des salaires ! Le moindre plouc fait plus de 100 000 par année. Certains peuvent même aller se chercher un magot dans le trou : 180 000, 200 000 pour les tâches les plus délicates.

Quand les mineurs sont en relâche, ils reviennent dans le sud, ici et ils dépensent. Ça fait rouler l'économie : les bars, les restos, les concessionnaires de chars, mais aussi les dealers de dope ! Et il n'y a pas que les mineurs qui s'exilent dans le nord qui font la piastre. Ici, la majorité de la population travaille de près ou de loin pour une minière, à Val d'Or, Amos, Malartic !

Malartic : comme un symbole. Après avoir reçu les autorisations du Gouvernement du Québec en août 2009, Osisko a entrepris la construction d'une mine à ciel ouvert : la Canadian Malartic en Abitibi. Bien avant d'avoir ses papiers, la minière déménageait tout un quartier. Des centaines de personnes. C'est ce qu'on apprend dans le film de Richard Desjardins : Trou Story.

Les gens qui demeurent en bordure de cet immense trou creusé là où il y avait ce quartier, eux, personne ne les a dédommagés. Desjardins demande au maire de la ville de s'expliquer là-dessus. La réponse d'André Vezeau laisse pantois. Je paraphrase : «Ce qu'il veulent dans le fond, c'est que la mine leur paie une femme de ménage pour nettoyer la poussière. Dans un sens, ils sont chanceux. À cause du mur autour du trou, il y aura moins de neige à pelleter dans leur entrée...» Un de ces habitants confie à la caméra : «Chu quoi moi ? Un ti-coune ! Oui. Un ti-coune ! Un colonisé.» C'est du moins la thèse de Trou Story qui explique que le maire de Malartic, n'est en fait que l'héritier d'une histoire peu reluisante dans ce coin de pays. Ça commence à Sudbury en Ontario, Timmens, Cobalt à la fin du 19ème siècle. Puis, les minières s'installent au Québec et fondent Noranda, etc.