Mes parents sont à l'origine d'un concept qu'ils auraient dû faire breveter. Ils seraient sans doute multimillionnaires aujourd'hui, mais à l'époque ils étaient trop troublés par l'acte si original qu'ils venaient de commettre - divorcer - pour penser à faire de l'argent avec ça.

C'était au début des années 80, le Québec se remettait du premier référendum, le pesto faisait son entrée dans nos cuisines, Diane Dufresne attirait les foules, Jacques Languirand était encore trippatif, Pauline Marois était une jeune politicienne sympathique et Paul Piché n'était pas poche. John Lennon venait de mourir et le PQ vivait une crise intestine.

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À l'école, j'étais la seule à faire mes valises aussi souvent. Bien sûr, puisque ce sont mes parents qui ont inventé ce truc si banal aujourd'hui et qu'on nomme la garde partagée. Il y avait bien quelques camarades de classe dont les parents n'étaient plus ensemble, mais ils allaient chez leur papa une fin de semaine sur deux. Pas nous. Mon frère et moi, c'était sur le mode équitable: deux semaines/deux semaines.

Comme le concept était brillant, il a été copié... C'est ce qui arrive tout le temps. Si bien qu'aujourd'hui, un enfant sur deux, en première année du primaire, vit dans un système de garde partagée, une idée qui se décline au rythme de chacun, une idée adaptable : une semaine/une semaine, deux jours/deux jours... Bref, à vous de déterminer.

Je fais donc partie de cette première génération d'enfants élevés différemment et, souvent, mes amis qui ont des enfants et qui veulent se séparer de l'autre parent, me demandent : pis ? Ben... Ben des affaires, pis pas grandchose en même temps. Dans la mesure où les parents ont une entente décente, ce n'est pas traumatisant. Je dirais même que ça présente pas mal d'avantages pour les enfants. Comme les géniteurs ont une pause régulière de parentalité, ils sont disponibles et présents quand leur progéniture est là. À l'adolescence, ça permet à tout le monde de prendre de l'air. Je pourrais continuer longtemps dans la liste des «Pour».

Or, ce dont je me rends compte en vieillissant, c'est à quel point les enfants partagés, devenus grands, apprécient la stabilité. Quand on a fait ses valises 25 fois par année pendant 15 ans, ça vous fait goûter les longs fleuves tranquilles, les racines, les habitudes. Ça donne des gens fidèles en amour, au travail, en amitié. J'ai le même appartement depuis 10 ans, je n'ai pas la bougeotte, bien au contraire. Voilà. Ce n'est pas grave, ni dramatique, mais un constat de filles aux cheveux qui commencent à être gris et qui a un peu réfléchi sur la vie.