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L'automne est de retour sur le Québec. Feuilles jaunes et pluie fine. Défaites extravagantes du Canadien et parlure de corruption, commissions d'enquête et autres mantras. Les feuilles qui jaunissent me renvoient à un autre automne, il y a deux ans, alors que j'essayais de sortir une histoire exactement là-dessus. La corruption dans la construction. Je n'ai jamais réussi à la sortir cette histoire-là. J'en ai sorti d'autres. Sur une autre ville. Mais celle-là jamais. Parce que personne ne voulait parler.

Je revois un entrepreneur, entre autres, un jeune père de famille qui m'avait expliqué que pour obtenir un contrat de la municipalité en question, ça coûtait 10 % de la valeur du contrat en cash. Une enveloppe remise à un bailleur de fonds proche de l'administration municipale. «On m'a rencontré et on m'a dit : si tu veux travailler chez nous, c'est ben ben simple : c'est 10 % ! J'ai payé ! Ça m'écœure en ostie. Moi j'travaille fort en christ, pis en plus faut que je paye cette taxe-là. C'est épouvantable. Une vraie mafia.» Le type était scandalisé, en colère, dégoûté.

J'étais super contente. Je me disais : bon ! En v'là un qui va briser le silence, qui va parler, qui veut que ça arrête... Avez-vous porté plainte à la Police ? «Es-tu folle !» Voulez-vous en parler à la télévision ? «Ça va pas dans ta tête ! J'ai travaillé assez fort pour me rendre où je suis. J'ai payé le "surplus" pendant des années, je ne veux pas qu'ils soient arrêtés. Va falloir tout recommencer avec un autre. Pis si je dénonce publiquement, je n'aurai plus jamais de contrat. J'ai une famille à faire vivre, l'hypothèque à payer, pis en plus, moi, je vais-tu me faire arrêter pour corruption, genre ? Pis en plus, c'est pas des enfants de chœur là, y vont briser ma machinerie, y pourrait ben me faire péter la gueule aussi...»

C'était l'automne juste avant les élections municipales. Le maire de cette ville, qui n'est jamais apparu dans le radar des médias, a été réélu. L'entrepreneur disait-il vrai ? Impossible à dire avec certitude. La corruption est un truc difficile à prouver. Mais sa peur et, surtout, son pragmatisme vis-à-vis de la situation me faisait croire qu'il ne feignait pas. Vint-quatre mois sont passés depuis cette rencontre et puis, et puis, quoi ? Un policier à Tout le monde en parle.

Hier dans une fête, j'ai rencontré une copine ingénieure. «Fille, t'as pas idée comment c'est difficile en ce moment. Tout le monde pense d'emblée qu'on est toutte des crosseurs. Moi, je ne connais aucun ingénieur malhonnête, je te le jure, juste du monde qui travaille comme des fous. Chu ben ben tannée de me faire dire qu'on achète des élections. J'ai jamais rencontré un politicien de ma vie ! C'est quoi qui se passe, une chasse aux sorcières ? C'est quoi cette société qui s'auto-flagelle constamment...Nous'aut on n'est pas corrompu, j'en suis certaine !» Elle cherchait dans mon regard une certaine compréhension, empathie...Je l'ai écouté en silence. Était-elle sincère ? Impossible à dire avec certitude, mais à boutte...ça c'est certain. «We're not in a good place» a-t-elle ajouté en anglais en parlant du Québec... «L'époque n'est pas particulièrement inspirante !» Ouin...

ET, en plus, j'ai le blues de la métropole. Surtout que la métropole me fatigue. Au sens premier du mot. 23h54 samedi dernier. Je trouve le maire de mon arrondissement sur Internet et lui écris un message sur Facebook : Monsieur le Maire,
Il est presque minuit et on fait du marquage devant chez moi et ...la police ne fait rien. (J'avais déjà logé deux plaintes de bruit à la police)

Réponse : «Désolé madame Dubreuil; il n'y a pas de limitation d'horaire pour les services municipaux et en particulier le marquage qui se fait toujours de nuit. On pourrait passer des règlements pour que ça se fasse de jour. Mais pas sur les artères dont la gestion est contrôlée par la ville centre.»
Ok. Ça s'est terminé à une heure du matin. Quand on vit sur une artère contrôlée par la ville centre...faudrait surtout pas vouloir dormir ! Ben coudonc !

Quelques jours plus tard on m'annonce par communiqué sur mon pare-brise que je n'ai plus le droit de stationner entre 6h du matin et 9h sur le côté est de ma rue. Le côté ouest ? Pas le droit entre 8h et 9h30.
Résultat : Je me retrouve, moi qui ai choisi de vivre au centre-ville pour ne pas être obligée de prendre ma voiture inutilement, dans le trafic le matin avec les gens qui arrivent en ville du 450. Parce que quand j'arrive le soir, il n'y a plus de places sur les rues avoisinantes... Et je dois donc me lever à 6h pour déplacer mon char.
J'ai téléphoné au conseiller municipal. Allez-vous faire quelque chose ? Augmenter les places de stationnement aux alentours ?
Réponse : «On veut trouver une solution. Mais cette décision d'interdire le stationnement sur Saint-Urbain en est une de la ville centre.»

J'ai téléphoné à la ville centre.
Réponse : «Trouvez une autre alternative, madame...»
Voulez-vous acheter mon char Monsieur de la ville centre ?

Résultat : Blues de la métropole.

Pis, toi, Kaboul, ça va ?

Émilie

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