Pauvre Parti Québécois. Comme le dirait si bien Hélène Carrère d'Encausse, ça va mal à «shop»!
Voici qu'après huit mois d'atermoiements, Pauline Marois a enfin rugi pour faire taire les dissensions et écraser Gilles Duceppe pour la seconde fois en cinq ans.
Disons qu'elle a stoppé momentanément la chute, mais je me demande franchement si le PQ n'est pas en train de couler comme le Costa Concordia.

Paul Hanna - Reuters
Otage
Le premier problème du PQ est l'électorat, qui montre depuis 2007 des signes évidents d'écoeurantite aiguë.
Bien sûr, il ne s'agit pas de l'ensemble de l'électorat, mais du «centre» -- c'est-à-dire des 15-20 % de l'électorat susceptible de changer d'idée et dont le vote est chaudement disputé par tous les partis politiques.
Après 45 ans de psychodrame sur fond d'indépendance nationale - dont un épisode de guérilla urbaine et deux référendums perdus -, «le centre» commence à se demander si on ne peut pas passer à autre chose pour dix ans.
Genre : un bon vieux clivage gauche-droite pour changer.
Clairement, la raison d'être du PQ - l'indépendance - n'occupe plus le centre du discours politique au Québec. Il lui reste ses partisans, qui se demandent ce qui se passe et s'entredéchirent pour savoir qui a raison.
Ça me fait penser au bateau de croisière italien : sont-ils en train de se positionner pour quitter le navire sans en avoir l'air? Ou chacun cherche-t-il à devenir capitaine à la place du capitaine?
Utilité historique
Même les fédéralistes reconnaissent que l'idée de souveraineté (ou la menace séparatiste) a sans doute mieux servi que desservi le Québec.
D'abord parce que le PQ a eu une bonne feuille de route comme parti de gouvernement. Et puis, l'existence même d'une menace séparatiste a forcé le gouvernement fédéral (et les autres provinces) à réagir - parfois pour le bien, parfois pour le pire.
Mais il y a des limites politiques à la doctrine du «couteau sur la gorge» : elle est crédible tant que la population en veut.
Devant la volonté évidente de la population de passer à autre chose, au moins temporairement, le PQ donne tous les signes de s'enfoncer dans une autre série de querelles sémantiques dont il a le secret. Cet «enculage de mouches» -- selon le parler populaire - n'intéresse personne.
Et l'exégèse
J'ai dans mon salon une vieille horloge qui ne fonctionne plus : elle me donne toujours la même heure : 9 h 20 et 21 h 20. Le plus bizarre, c'est qu'elle me donne l'heure juste deux fois par jour : à 9 h 20 et 21 h 20.
C'est exactement l'impression que j'ai eue en lisant la lettre ouverte de Bernard Landry : une horloge arrêtée.
Je relis sa lettre et je ne comprends pas au juste de quoi il parle.
J'y vois une critique voilée de Pauline Marois. J'y vois qu'il prône un durcissement du PQ.
J'ai la nette impression d'écouter jouer l'orchestre du Titanic, mais un orchestre dysfonctionnel, qui joue deux ou trois partitions en même temps. Si j'étais un des passagers du bateau, je leur crierais de laisser couler tout le monde en paix.
Le PQ aura beau faire toute l'exégèse politique qu'il veut, repartir la «saison des idées» pour se doter du plus «beau coffre d'outils» susceptible de réunir les «conditions gagnantes», le centre n'en veut plus : il est ailleurs.
Transformations
L'implosion progressive du PQ depuis dix ans est manifeste. D'abord par la multiplication des partis sympathisants, fussent-ils souverainistes, pseudo-souverainistes ou crypto-souverainistes. Et aussi par ses difficultés électorales en 2007 en plus de la claque administrée au Bloc en mai dernier, qui a allumé tous les voyants rouges.
Le dernier avatar de ces transformations est la CAQ de François Legault, un crypto-indépendantiste converti à l'écoeurantite.
Personne n'est dupe d'ailleurs puisqu'il rallie surtout des péquistes, malgré tous ses efforts pour aller chercher des fédéralistes.
Mais Legault a compris une chose qui échappe à la plupart des dirigeants péquistes: le PQ doit se transformer en sous-marin s'il ne veut pas se faire torpiller, car plus personne ne veut le voir à la surface.



