© Marie-Lan Nguyen, CC2.5(DSK avec deux autres éléphants du parti socialiste : Bertrand Delanoë et Ségolène Royal. © Marie-Lan Nguyen, CC2.5)

Alors, Dominique Strauss-Kahn, coupable ou non? Complot ou non? Il faudra des semaines sinon des mois pour y voir clair.
Il n'y a que quelques certitudes dans l'affaire DSK.
Quoi qu'il advienne, ce minotaure libidineux sera privé de femmes pour quelques semaines. Si l'envie lui prend, il devra s'arranger avec ses gardiens ou ses codétenus. Cela lui apprendra la politesse.
Plus sérieusement, DSK, qui était le futur champion de la gauche aux présidentielles de 2012, est fini, politiquement. La gauche française devra se réorganiser.

Toujours l'exception sexuelle

Toute cette histoire m'inspire quelques réflexions sur les Français, que je connais bien pour avoir écrit quelques livres sur eux.
Je doute fort, par exemple, que les déboires de Dominique Strauss-Kahn signalent la fin de «l'exception sexuelle française».
La presse continuera longtemps de taire les gaudrioles et les gauloiseries de sa classe politique. Lesquelles finissent toutes par se savoir, néanmoins, tant les Français sont friands d'histoires de mœurs.
Il y a eu le président Félix Faure, mort dans les bras de sa maîtresse en 1899. Aussi George Pompidou, qui avait des petits passe-temps olé olé. Valery Giscard d'Estaing se voulait un grand séducteur - c'est du moins ce qu'il raconte dans ses mauvais romans à l'eau de rose.
Il y a eu la double vie de François Mitterrand qui, en plus de sa femme, entretenait une maîtresse et sa fille dans un château aux frais de l'État. Jacques Chirac avait la réputation d'aller vite en affaire - son chauffeur le surnommait: «Cinq minutes, douche comprise». Quant à Sarkozy, il nous a gratifiés d'un roman-savon autour de son divorce et son remariage.
La presse voudrait-elle en parler? Un dispositif légal assez complexe et assez étanche vise à la museler, à commencer par certaines lois très contraignantes visant à protéger la vie privée.
Il arrive que certains trucs scabreux fassent surface, comme l'épisode de «Frederic Mitterand et les garçons (thaïlandais)»! Mais cela reste l'exception plutôt que la règle.
Quant aux parlementaires français, ils ont des pouvoirs d'enquêtes assez larges - dont ils se prévalent rarement.

Culture judiciaire

L'arrestation de DSK jette un éclairage cru sur une autre dimension culturelle : si l'affaire s'était passée à Paris plutôt qu'à New York, elle aurait sans doute été passée sous silence malgré la gravité de faits allégués.
La culture politique en France veut qu'il n'y ait pas de séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le judiciaire. Personne ne crie au scandale quand le président, le premier ministre, ou ses ministres interviennent auprès des policiers et des juges dans les affaires scabreuses.
Aux États-Unis, le système judiciaire est beaucoup plus autonome. À une nuance près : le poste de procureur de l'État y est électif. Il sert de tremplin pour les carrières politiques. Je connais un procureur de l'État de New York qui vient d'attraper un gros poisson et qui ne lâchera pas le morceau.

Aux grands hommes la patrie

Il n'y aurait pas d'affaire DSK si les Français n'étaient si prompts à monter des piédestaux.
Les Français ont le culte de la grandeur et ils se fabriquent des grands, même quand ils sont petits. C'est un besoin quasi pathologique et franchement un peu pathétique. De temps en temps, ils sont chanceux et tombent sur un De Gaulle. La plupart du temps, ils sont pris avec des Sarkozy.
Afin de se fabriquer des grands avec des riens, les Français se sont donné tout un tas de dispositifs, comme la pratique du «cumul des mandats», qui permet à leurs politiciens de cumuler plusieurs fonctions politiques (et plusieurs salaires) simultanément. En France, on peut être maire et député, par exemple - 90 % des parlementaires français sont «cumulards».
On y pratique aussi le scrutin de liste : X % du vote vous donne X % des sièges. L'effet en est que certains individus deviennent inamovibles. À force de rester dans le paysage, ils acquièrent une stature qu'ils n'auraient pas dû avoir : c'est toute l'histoire de Jean-Marie Le Pen et de sa fille, Marine, qui sera dans le paysage politique français pour encore 50 ans.
C'est cette France-là qui était prête à se laisser prendre par DSK et qui doit maintenant se trouver un autre «grand homme».

La foire d'empoigne

De plus, la puissance même de la présidence française (dont je parle dans mon blogue) est un prix phénoménal qui vaut bien des bassesses.
Dans un tel environnement, les élus hésitent rarement à utiliser tous les coups fourrés pour se nuire. Mitterrand avait amené les services secrets à faire l'écoute téléphonique de ses ennemis politiques et de la presse. Chirac a fait des coups foireux à Sarkozy. Sarkozy et Villepin se sont fait des coups foireux d'une complexité inouïe.
Bien que l'hypothèse du complot contre DSK soit séduisante, j'ai des doutes là-dessus.
L'hypothèse la plus probable serait une tentative de chantage ayant mal tourné, mais cela reste de la fiction pour l'instant.
Les États-Unis ne sont pas le meilleur pays pour monter des coups foireux à la française afin de discréditer un politicien. Certes, la conception américaine de la vie privée et la liberté médiatique assurent un salissage maximal. Mais le système judiciaire américain marche bien : toute tentative de manipulation étrangère risque de se retourner rapidement contre ses commanditaires.
L'affaire DSK est probablement fondée parce que le futur ex-patron du FMI avait un lourd passé de chaud lapin. Cela le guettait déjà et voilà que, selon toute probabilité, surgit une histoire de viol qui ne serait pas un cas isolé.
Ses carottes sont cuites - ou à tout le moins, la sienne.

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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