Est-il juste que ce soit une taille pour tous?

Stephen Harper vient de pondre son premier budget de gouvernement majoritaire et, comme tout ce que font les conservateurs, il fallait bien que ce soit idéologique et partisan.

Vous rappelez-vous, en 2007, quand les conservateurs avaient éliminé deux points de pourcentage de la TPS - juste avant la récession? C'était la principale raison pour laquelle le gouvernement s'est endetté à cause de la récession. Eh bien, maintenant qu'ils se sont endettés pour avoir refusé de percevoir une taxe, ils font ce qu'ils rêvent de faire depuis le début : couper - juste au moment où une bonne reprise s'annonce un peu partout au pays.

Mais c'est la mesure sur la retraite à 67 ans qui fera date.
Superficiellement, on dirait une bonne idée : les gens vivent de plus en plus vieux et ils sont mieux plus longtemps. C'est d'autant plus justifiable que lorsque le système de retraite a été créé il y a 60 ans, l'espérance de vie n'était que de 63 ans! Ce n'était pas un gros cadeau d'offrir la retraite à 65 ans!
Il ne fait aucun doute que le système des retraites doit s'adapter à cette nouvelle réalité démographique. Mais est-il juste de n'offrir qu'une seule taille pour tous : retraite à 67 ans.

Photo : Jean-Benoît Nadeau

Photo : Jean-Benoît Nadeau

Les années travaillées
Ne pourrait-on pas tenir compte des années travaillées?
Je sais qu'en principe, la pension est la même pour tous, ce qui avantage déjà beaucoup ceux qui ont gagné le moins et qui ont vécu avec le plus faible train de vie.
Mais ceux qui ont toujours gagné moins sont aussi ceux qui ont commencé à travailler le plus jeune, et l'écart est considérable. Imaginons un maçon qui commencerait à 17 ans. Cela signifie 50 années sur le marché du travail.
A contrario, au sommet de l'échelle, ceux qui ont fait 10 à 12 ans d'université auront droit à la pleine retraite après seulement 38, 36, voire 35 ans sur le marché du travail.
Certes, ils auront été les plus gros contributeurs du système, mais je trouve étrange que, d'une part, on assure un système de santé universel à chacun peu importe ses besoins et que par ailleurs on dise à ceux qui en ont le plus besoin qu'ils travailleront entre 30 % et 50 % plus longtemps.
Alors, oui, le système les avantage dans une certaine mesure, mais ils l'ont bien mérité.

Les années dures
Ce qui m'amène à la seconde injustice : un système de retraite devrait tenir compte de la pénibilité du travail, c'est-à-dire de sa dureté physique. Un plâtrier qui travaille jusqu'à 67 ans et qui reste en forme est une force de la nature. De même qu'une caissière. La plupart sont brûlés avant la soixantaine.

Travailler, c'est dur - que l'on soit médecin, journaliste, caissier, fermier, il faut s'investir physiquement dans ce que l'on fait. On s'en rend d'ailleurs compte quand on est malade. Mais de nombreux travaux sont plus durs que d'autres.
Je veux bien qu'on augmente l'âge des retraites à 67 ans, mais il faudrait ajuster une échelle progressive qui permettrait aux gens ayant occupé un emploi dur de prendre leur retraite plus tôt.

Cela se calcule d'ailleurs. C'est ce que j'ai découvert il y a une dizaine d'années en contractant une assurance. J'essayais de savoir ce qui influençait le calcul de ma prime et j'ai lancé quelques hypothèses.
Les compagnies d'assurance sont toujours jalouses de leurs formules, mais j'ai assez questionné pour apprendre que les assureurs saucissonnent la population en cinq classes d'individus. Un journaliste comme moi est classé 4 sur 5. Un ingénieur est un 5. En bas de l'échelle, il y a justement les maçons, les plâtriers, les cuisiniers. Plus le travail est physique ou plus il comporte de risques physiques (et donc une incidence sur la santé générale), plus il est classé bas.
Bien évidemment, la formule actuarielle change selon la classe. Et c'est ainsi que les compagnies établissent combien cela coûte pour chaque 1000 dollars d'assurance.