Ce weekend, c'était l'anniversaire des jumelles. Elles étaient entourées de 25-26 de leurs amis - je ne sais plus combien avec les petits voisins qui se sont greffés. De toute manière, il y avait de la pizza et du gâteau pour tout le monde.
Le clou fut cependant le magicien, Jean Yves Dorion.

L'anniversaire des jumelles

Jean-Benoît Nadeau

J'avais fait la connaissance de Jean Yves il y a un an au mariage d'un de mes amis - c'est moi qui l'avais transporté de Montréal à Sherbrooke. Il m'avait parlé de lui : enfance gaspésienne, grand-père magicien, les 18 petits-enfants cherchant désespérément ses accessoires dans sa maison. Mais peut-on trouver la cachette du magicien? Ben non.

Toujours est-il que le grand-père a choisi Jean Yves comme son héritier. Pourquoi? Apparemment, c'est lui qui l'avait : l'art du baratin, de la manipulation, de détourner le regard des autres loin de ses mains, du spectacle, de l'improvisation, de tout saisir d'un regard.
C'est ainsi que Jean Yves Dorion est devenu magicien, il a appris les trucs du métier, il a monté ses routines, participé à des congrès de magie. Car il existe bel et bien des congrès de magiciens. Où, quand? Vous ne le saurez pas si les magiciens ne veulent pas que vous le sachiez.

La magie à la télé, cela ne m'a jamais impressionné. Mais en personne, c'est autre chose, et encore davantage comme Jean Yves Dorion la pratique : sans scène, sans éclairage, au ras des pâquerettes, au milieu du monde, entouré de 25 enfants sur un balcon de Rosemont, ou à un mariage au milieu de 60 adultes.
Le coup des cartes, le coup de la corde coupée, c'est bien à la télé, mais c'est encore mieux en personne. Surtout que le magicien en profite pour subtiliser la montre et le portefeuille du volontaire. J'ai assisté à quelques morceaux de bravoure de Jean Yves - dont celui où il se libère d'une camisole de force. Mais rien ne vaut de le voir sortir de sa camisole avec les portefeuilles et les montres de ceux qui l'ont attaché.

Qu'est-ce qui est magique?
Jean Yves, son truc, c'est l'improvisation et la manipulation de ce qu'il trouve : un bouchon de bière, des cure-dents, des pailles. Les filles sont absolument folles du magicien : elles le regardent avec les yeux en billes.
L'an dernier, Jean Yves a demandé à Nathalie de choisir une carte et d'écrire son nom dessus. Il l'a replacée dans le jeu, il a remis le jeu dans la boîte, il a lancé la boîte au plafond, la boîte est retombée, mais la carte n'était plus dans la boîte : elle était restée collée au plafond. Trois de trèfle avec le nom de Nathalie dessus. Un an plus tard, les filles insistent encore pour qu'on la laisse là : la fichue carte, au plafond de la salle à manger, est connue dans toute leur école.
Bref, c'est magique.

Mais plus j'y songe, moins je comprends ce qui est magique dans la magie. Car enfin, on sait qu'il y a un truc : la magie, c'est l'art de la manipulation et du détournement. Mais on veut croire. On ne veut pas le savoir.
La magie, c'est le magicien. Dans la vraie vie, Jean Yves Dorion est plâtrier. Un métier dur, auquel il combine la magie par les soirs, les weekends. Et chaque fois que je vois ses gros doigts de plâtrier faire sortir de la monnaie des oreilles de mes filles, je n'en reviens pas, même quand je connais le truc.
J'ai assez conversé avec Jean Yves pour détecter certains de ses trucs. L'un des secrets pour découvrir le truc est précisément d'être mauvais public et de regarder strictement ailleurs que ce que l'on est censé regarder. Mais ce n'est plus drôle non plus : c'est de l'enquête. Heureusement, les bons magiciens comme Jean Yves savent tout de suite repérer ceux qui observent le dispositif et ils ont des trucs pour détourner leur attention.

Nos grands magiciens de la politique
Je vous parle de Jean Yves à cause aussi de la politique. Je vous entends réclamer de nouvelles élections, comme si vous étiez capable de sortir un nouveau lapin du chapeau.
À chaque mandat, on se fait prendre, et on se jure qu'on élira un magicien qui ne sera pas magicien, juste plâtrier, à boucher des trous. Puis finalement, on trouve ça plate et on réclame un plâtrier qui sort des foulards. Puis la politique redevient un concours de magie.
Les bons politiciens sont parmi les plus grands magiciens. Vous le voyez? Vous ne le voyez plus. Tadaam!
Un magicien a l'art du boniment et du baratin, l'art de nous faire accroire et oublier, de nous amener à regarder là, ailleurs que ses mains, l'art aussi de retourner une situation à son avantage, l'art de saisir d'instinct ce qu'il peut tirer d'une situation.

C'est aussi la définition du bon politicien. Les politiciens sont des magiciens auxquels on veut croire. On sait qu'ils mentent, qu'ils ne disent pas tout, qu'ils détournent notre regard. On sait qu'on va se tanner quand on aura vu le même truc 100 fois et qu'on finira par attraper le magicien la main dans le sac.
Quand on en aime plus un, on se dit : où est la magie? On sait qu'il n'y a pas de magie. Mais on veut y croire. Parce que la magie, c'est d'y croire.
Puis on réclame un nouveau magicien : on veut quelqu'un qui va nous faire croire.
La magie, c'est finalement qu'on veuille tant y croire. Ce n'est pas de la crédulité : c'est de la foi.

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Collaborateur au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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