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Le 27 août dernier, le journal La Presse nous révélait que de futurs enseignants exaspérés d'échouer le test de certification en français écrit pour l'enseignement -le TECFEE- avaient créé une page Facebook où ils divulguent des réponses à l'examen et s'encouragent les uns les autres. La journaliste rapporte les commentaires particulièrement édifiants d'un certain Sébastien : « Dans un de mes examens, on m'a demandé de définir : "épater les bourgeois", "les chiens aboient" et "la caravane passe". On utilisera jamais ces expressions dans notre pratique ... » dit-il. Pire encore, il dénonce le fait qu'on lui ait demandé de définir les mots suivants : « Idiome, darne, indigent... On demande des définitions de mots anodins, inutilisés dans le langage » Quelle horreur ! Pauv'ti-gars ! En plus, le vilain ministère de l'Éducation lui demande de payer. Ouache ! Nouvel extrait de cet article : « Passer le test coûte 80$ (40$ par partie). En cas d'échec, les étudiants doivent suivre un cours d'appoint qui coûte environ 200$, explique Sébastien. Sans cet examen, on ne peut pas enseigner. On fait tout pour le passer. Mais ça coûte cher ! » dénonce-t-il... » C'est toujours notre valeureux Sébastien qui parle.

Déjà, les propos exposés dans cet article me donnaient une sensation aigüe d'urticaire, mais la visite sur la page Facebook de ces pauvres petits me donne carrément l'impression de revivre ma varicelle. J'ai mal. Ça me pique, ça me gratte, ça m'empêche presque de dormir. Après la publication du papier de La Presse, certains futurs maîtres ont senti le besoin de se défendre : « Arrêtez de nous jugés, le test est full dure ! » écrit François Bégin, un futur enseignant. A-t-on besoin d'ajouter un commentaire à cette interjection, ma foi révélatrice ? On peut aussi y lire de Simon Deschênes : « arreter de nous juger, c'est plus difficile de faire le test que vous croyer. moi je veut enseigner la chimie, je voit pas a quoi sa sert de parlé francais comme les snobs à radio canada... » Ouf ! Quelqu'un a-t-il de la pommade ? Heureusement pour mes éruptions cutanées brûlantes d'indignation, certains de ses collègues lui répondent, Fabrice Mahé réplique : « waouh !.... Tout un programme.... Pas loin d'une dizaine de fautes dans cette seule phrase... Espérons que vous vous tiendrez loin de mes enfants lorsque le temps viendra qu'ils apprennent la chimie... Maîtriser le français n'est pas être snob... Les enfants reproduiront vos fautes de français (au pire) ou (au mieux) vous perdrez toute légitimité à leurs yeux. Faites un groupe avec le prof d'éducation physique... ! » Et ainsi de suite : un long dialogue de sourds virtuel entre des paresseux ignares et de valeureux pédagogues indignés par la langue lamentable de leurs pairs. Parcourir ce flot de paroles est intéressant au plus haut degré. D'une part, il révèle un problème beaucoup plus grave qu'un simple manque de vocabulaire. S'il est en effet navrant, pour ne pas dire fâcheux, qu'un étudiant universitaire de langue maternelle française bute sur des mots comme : indigent, idiome ou darne, il est beaucoup plus inquiétant de constater que ce futur maître ne maîtrise pas, justement, de simples règles de grammaire comme l'accord des participes passés ou la conjugaison de base, sans parler de l'orthographe de mots courants comme les pronoms personnels. Encore une fois, relisons Simon Deschênes : « arreter de nous juger, c'est plus difficile de faire le test que vous croyer. moi je veut enseigner la chimie, je voit pas a quoi sa sert de parlé francais comme les snobs à radio canada... » Calvaire. Comment est-ce possible qu'un étudiant qui a de telles lacunes en français se soit rendu à l'université ? Là, à mon avis, réside le véritable problème. Notre système académique est-il en faillite ? Où a-t-il appris à écrire ? Comment se fait-il que Simon et ses copains ne puissent appliquer des règles abordées au primaire et qui sont devenues comme des automatismes ? Comment se fait-il qu'ils aient réussi à se rendre aussi loin avant de vivre un échec scolaire ? À force de faire passer tous les gamins pour ne pas les traumatiser, de les prendre par la main et de leur apprendre la loi du moindre effort, ça donne ça : des étudiants analphabètes et geignards.

D'autre part, cela entraîne des questions sur la valorisation de la profession d'enseignant. Qui de nos jours a envie de gagner des peanuts et de se farcir les réformes, les enfants hyperactifs, les classes bondées, des conditions précaires pendant de longues années ? Cette profession attire, visiblement, le meilleur comme le pire : des gens peu curieux et qui n'ont pas honte de leurs failles et dont l'idiome est indigent. Et ce n'est pas que la profession, c'est le sens même de l'enseignement qui est ici remis en question. Comment quelqu'un qui se plaint que c'est trop difficile pourra-t-il être exigeant vis-à-vis de ses élèves ? Pour avoir moi-même sévi comme maîtresse d'école et pour avoir, justement, quitté en courant le domaine dès que la cloche a sonné la fin de ma première année d'enseignement, je sais que pour survivre dans une classe, il faut de la rigueur, de la passion et du dévouement, mais surtout un caractère de cochon, capable de faire face à 30 petites adversités chaque matin et à leurs parents à chaque bulletin. Bref, le test est full dure ti-pit ? Attends de donner ton premier cours ! N'importe quel test de vocabulaire te semblera alors de la petite bière !

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