>>>>>>>> Dites-nous votre plus belle job <<<<<<<<

C'est un palmarès très personnel. Chaque jour que je suis enfoncé dans la mouise quotidienne, à écrire des textes que je peux récrire toute ma vie, à pinailler sans fin des articles déjà corrigés, je me prends à rêver des jobs de rêve, le fun, faciles, bien payées, sympathiques et sans cesse renouvelées.

La Presse Canadienne

1) Chauffeur de chenillette de trottoir
Avouez que vous en rêvez. En t-shirt dans leur habitacle, les gars déblaient les trottoirs étroits, chargent les bancs de neige, zigzaguent entre les arbres, les bornes-fontaines, et les bacs de recyclage. Avec, de temps en temps, le luxe rare d'enrouler un vélo autour d'un poteau. Il n'y a pas si longtemps, ils pilotaient de véritables petits tanks. Maintenant, ce sont de petits jouets jaunes articulés. Ça ne dure qu'une saison, mais quel hiver féérique! Et ils appellent ça du «travail»!

2) Épousseteur de dinosaures, de gorilles et de momies
Si vous allez au musée Redpath, à McGill, c'est rempli de squelettes de dinosaures entourés d'une ménagerie phénoménale d'animaux empaillés, dont un fameux gorille, entourés de quelques momies. Comme vous n'êtes pas nombreux à circuler, il y a de la poussière. On ne peut pas toujours y aller à l'aspirateur - surtout pour le gorille - alors forcément quelqu'un passe avec son plumeau. Du grand art!

3) Horloger à la ville
Plusieurs horloges de la Ville, dont celle de la Tour de l'horloge, dans le Vieux-Port, ont encore leur mécanisme original. Ce doit être passionnant de monter là-haut pour voir le paysage et remonter le mécanisme. De temps en temps, il faut changer un engrenage. Parmi les autres grosses horloges publiques, il y a aussi celle de Molson, celle de l'Hôtel de Ville de Westmount, et celle de l'église St. George, à côté de la gare Windsor. Et comme la ville de Montréal prête son horloger aux autres villes, il faut voyager en plus. Rahlala!

4) Chauffeur de Zamboni
Qui peut s'empêcher d'observer la Zamboni qui fait des huit sur la glace entre les périodes? L'emploi requiert du doigté, car il faut circuler à haute vitesse dans un circuit restreint sans déraper ni enfoncer la bande, tout en réglant le débit d'eau chaude et en s'assurant que la neige retirée ne fera pas des bosses qui feront sauter la rondelle ou trébucher les patineurs de fantaisie. Un préalable : il ne faut pas trop souffrir du trac.

5) Dégustateur de crème glacée
Les fabricants expérimentent sans arrêt de nouvelles saveurs, alors il faut bien que quelqu'un se dévoue! Mmh? Ça manque de sucre... Pas assez onctueux... Trop froide... trop chaude... Tous les prétextes sont bons pour renvoyer les gars au laboratoire. Quand le dégustateur n'est pas occupé avec de nouvelles saveurs, il doit aussi contrôler la qualité sur la ligne de production. C'est plus routinier, mais il suffit d'alterner les saveurs.

6) Nommeur de couleurs
Vous avez déjà acheté de la peinture à la quincaillerie. Mais où prennent-ils tous ces noms de peinture? Rien que pour les rouges, chez Sico : «robe flamenco», «coulis de cassis», «Casanova», «en amour», «sceptre divin», «fiançailles»! Le bon nommeur de couleurs est coloriste et poète sur les bords, mais il doit avant tout maîtriser son nuancier. À l'évidence, les vapeurs de peinture influencent aussi la créativité.

7) Pilore d'essai de manèges
Convenons-en : l'emploi peut être dangereux, mais ça doit être fameux de pouvoir aller tester les Super Montagnes russes. Sans compter tous les classiques comme la Pitoune, les soucoupes, et les autos tamponneuses. «Me semble que j'ai entendu un petit bruit à la porte de la maison hantée : on va réessayer.» Nettement mieux que le pauvre type qui nettoie les vitres du Labyrinthe de cristal! Et en plus, il y a tous ces tirs forains à calibrer. Ça ne finit jamais.

8) Préposé au parc du Mont Mégantic
Pendant les deux jours que j'y ai passé le weekend dernier, je n'en ai pas vu un de mauvaise humeur. Toujours sur leur motoneige, ils ouvrent les pistes et rallument les feux dans chacun des refuges. Belle description de tâche! Et il y a les bagages des campeurs à monter ou à descendre vers les chalets : encore de la motoneige et encore un feu à rallumer. S'il y a un arbre qui dérange, ils le scient. La job parfaite, surtout l'hiver, quand il n'y a pas de moustiques.

9) Opérateur du tableau de marquage au centre Bell
Le gars s'amuse pendant tout le match à faire bouger la foule, à faire jouer de la musique à tue-tête, et à repasser des séquences de jeu que tout le monde vient juste de voir. Entre les parties, le type s'amuse à inventer des nouvelles combines. Pas mal plus le fun que de jouer de l'orgue!

10) Faiseur de glace
J'ai toujours eu une fascination pour les gars qui font les glaces de patinoire. Ben oui, c'est froid. Pis? Quel plaisir de faire une belle glace bien lisse, bien prise, qui ne s'effritera pas au premier coup de patin. Un art! Mais le nec plus ultra, ce doit être les gars qui font la glace au Red Bull Crashed Ice, la piste de descente sur glace dans le Vieux Québec. Il faut dire qu'ils ont de l'expérience avec la glissade de la Terrasse Dufferin.

Et vous, quelle est votre plus belle job?

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Jean-Benoît Nadeau

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Jean-Benoît Nadeau


Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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