Julie, au centre, entourée de ses filles Nathalie et Erika

C'est ainsi que nous avons amorcé la semaine de relâche scolaire, avec un weekend dans un camp de prospecteur au Parc national du Mont-Mégantic.
Camping est d'ailleurs un bien grand mot, puisqu'il s'agit en fait d'un petit chalet avec un plancher de bois bien isolé. Les murs sont faits de deux rangées de toile montées sur une structure en bois. Le toit de tôle est également isolé avec une toile. Le camp a une porte et deux fenêtres, un détecteur de fumée et de grosses banquettes avec matelas d'hôpital.
Bref, du camping de luxe!

L'eau marchante
Nous étions deux familles dans ces petits chalets très rustiques chauffés au bois : sans électricité, ni toilette, ni eau courante.
L'eau courante est ici une eau marchante, skiante, traînante ou raquettante, puisqu'il faut la puiser au ruisseau, ou au contraire de l'accueil du parc, à 2,3 km en bas de la montagne.

Mon ami Éric - dit Le Dévoué - s'est élu porteur d'eau officiel et docteur ès Corvée. Il est donc allé remplir deux bidons de 20 litres au pied de la montagne, à l'accueil. Eau qu'il a ramenée dans un traîneau qu'il tirait sur le sentier de raquette : il s'agit donc ici d'eau raquetto-traînante.
Éric voulait faire de l'exercice : il en a fait.

Éric fait du camping pour le sport. À l'allée, il a halé tout le bagage de sa famille - dans les 150 kilos - sur le même traîneau bricolé et malgré une dénivelée de quelques centaines de mètres.
Pour ma part, je me suis prévalu du service de transport des bagages par motoneige: à 10 dollars le sac, c'était une aubaine.
Du camping de luxe, vous dis-je.

La boustifaille
Ce fut donc le party pendant deux jours. Les enfants n'avaient qu'à ouvrir la porte pour tomber dans un mètre de neige. Et quand ils rentraient, c'était popcorn, chocolat et jeux de société - le Mille Bornes demeure une valeur sûre.

Ce genre de weekend tourne essentiellement autour de deux activités : la neige - qui se décline sur tous les modes - et la bouffe.
Mon genre de cuisine, style corps de garde: banique au déjeuner, dîner aux sandwichs grillés direct sur le poêle, souper au ragout de boulettes ou spaghetti, dessert de tire sur la neige - une idée de l'Éric, qui avait bien des forces à reprendre.

À chacun son hiver
L'expérience hivernale est intensément personnelle. Je vous ai parlé de l'Éric. Sa femme, Mimi, c'est le ski. Mon vieux père, qui était avec nous, c'est la pelle.
Mon père est un maniaque du pelletage : c'est son sport d'hiver. Des fois, au printemps, il va même dépelleter son banc de neige pour qu'il fonde plus vite. Dimanche, toute la journée, il a taillé des blocs de neige pour monter un fort aux filles.

Mes filles ont des manières fort distinctes d'aimer l'hiver. Nathalie, qui est plus forte, patine et skie de façon très fluide. Elle aime aussi se coucher dans la neige pour regarder le ciel.
Sa sœur, Erika, est un peu moins patiente en ski ou en patin, mais elle est souvent la première à réclamer de sortir dehors. Elle raffole du matériau neige. C'est le genre qui marche pendant une demi-heure avec un bloc de neige sur la tête ou qui sculpte ou taille sans arrêt des visages dans le moindre bloc. D'ailleurs, elle collectionne les blocs de neige.

Les étoiles
Le parc du Mont-Mégantic a ceci de particulier qu'il est consacré aux étoiles - télescope oblige. Alors, tous les refuges et tous les camps ont des noms astraux : Orion, Andromède, Grande-Ourse, Véga.
Le télescope est fermé aux touristes l'hiver, et à cause des nuages, nous n'avons pas pu observer une seule étoile.
Heureusement, j'avais amené mon cherche-étoiles. C'est une sorte d'éphémérides à roulette qui permet de visualiser le mouvement des étoiles. Il suffit de connaître la date et l'heure, et le cherche-étoile nous donne une représentation exacte quoiqu'un peu schématique de la carte du ciel à l'heure H, au jour J.

Les filles, qui ont toujours été fascinées par la Lune et les étoiles, ont adoré, surtout qu'elles commencent à bien lire l'heure, alors à mon grand étonnement, elles se sont amusées pendant des heures à chercher les étoiles imaginaires.

Le sourire
Grande maxime scoute : tout ce qui monte finit par redescendre. Maxime que nous avons amplement vérifiée au mont Mégantic, dont le réseau de ski de fond se compose de longues montées et de longues descentes.
Donc, pour nous rendre au camp, nous avions grimpé presque sans arrêt sur 2,3 kilomètres. Les filles ont porté leur petit sac sur la moitié de la distance pour Érika, et les trois quarts pour Nathalie.
Mais au retour, vous auriez dû voir leur visage quand elles ont compris qu'elles avaient une belle et longue descente devant elles sur 2,3 kilomètres.
C'est le genre de sourire qui nous récompense comme parent d'avoir organisé une telle sortie.
Car il faut bien l'admettre, la semaine de relâche n'est pas ce qu'il y a de plus relâchant!

Réagissez sur le blogue de MSN Actualités

Autres chroniques
L'hiver, c'est nous autres
L'hiver, c'est nous autres, 2 : «Le facteur vent»
*********

Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau


Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

Toutes les chroniques de MSN Actualités

Le site de Jean-Benoît Nadeau