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Travail d'équipe


Remarquez que je n'étais pas seul : nous étions trois pour l'épicerie, quatre cuistots pour la journée du samedi et deux dimanche.
Ce n'était pas de trop, car même le menu - une nourriture saine et généreuse - doit aussi composer avec les allergies : Winifred et le maïs, Ozias et le sésame, Enzo et les noix, Gertrude et les oeufs, Ingrid et le lactose. En plus des cinq pouletariens - une sorte de végétariens qui mangent du poulet.
Heureusement qu'une des membres du comité bouffe, Lydia (nom de totem : Toque Ambidextre), est une cuisinière professionnelle qui s'y connaît en quantité. Combien faut-il de carottes quand ils sont 24 castors, 30 louveteaux et exploratrices, 24 éclaireurs et 14 animateurs? C'est écrit dans le grand livre.

Épicerie du vendredi
Car il faut voir l'épicerie. Des egg rolls? Il en faut 20 kilos. Du lait : 64 litres. Du pain : 20. Le gruau? Emmenez-en, des projets!
Des patates : il en faut 50 livres. Le bœuf haché : 25 livres. La sauce à spag : 15 litres. ¡No pasarán!
Bref, un fantasme. Et nous n'aurons pas trop du camion de Christian (nom de totem : Fromage Inventif) pour transporter toute cette bouffe.
Arrivé au Centre de plein air du Cap Saint-Jacques, il faudra encore deux heures pour tout ranger dans les placards et les frigos.

Nuit scoute
Comme prévu, il ne reste aucune place dans les dortoirs, si bien que je vais coucher avec les éclaireurs - dehors.
Depuis 21 h, les «éclés» montent deux grosses tentes équipées d'un poêle au bois.
Ce n'est pas le Ritz. Parmi ceux qui veillent le poêle toute la nuit, il y en a toujours un qui laisse éteindre le feu ou qui met trop de bois.
Et comme ils ont fait l'erreur de placer le ronfleur (moi) au milieu, je réveille tout le monde et tout le monde me réveille.
À 6 h 30, je ne me fais donc pas prier pour me lever.

Déjeuner
Les deux autres cuistots - Josée et Éric - arrivent à 6 h 50 et c'est la course, car tout doit être prêt pour 8 h.
Menu frugal : 200 toasts, des céréales, du gruau, du jus, des fruits.
Mais comme il y aura 14 tables, il faut 14 pots de jus, 14 assiettes de beurre, 14 bols de tartinades et encore 14 de confitures, 14 assiettes de fromage et cretons, et 14 assiettes de fruits - qu'il faut couper.
Ça est frugal!

Dîner
À 9 h, la vaisselle est faite, les enfants sont sortis et les cuistots s'assoient pour manger... vite, vite, car il faut préparer le pâté chinois pour midi pile.
Cela commence par éplucher 50 livres de patates qu'il faut faire bouillir dans quatre marmites.
Heureusement, nous nous étions donnés pour devoir de cuire d'avance les 25 livres de viande hachée, qu'il suffit de réchauffer, ce qui est déjà une entreprise en soi.
Drame : nous avons oublié le sel. Heureusement, Lydia (Toque Ambidextre) arrive vers 11 h avec le sel, juste au moment de piler les patates.
Tandis que Josée (nom de totem : Crudité Réciproque) s'occupe de préparer les légumes, Lydia prépare 25 litres de soupe. Suspense : aurons-nous assez de nouilles?
Pendant ce temps, les six pannes de pâté chinois, dont la version pouletarienne-hypoallergénique-à-la-dinde-avec-pas-de-maïs sont dans le four.
À midi, 92 scouts affamés envahissent la salle à manger.
La soupe, il n'en restera pas une nouille. Tout y passe. Six ou sept ados mutants qui en prennent trois fois.
Quand le dernier Mutant se sera servi une troisième assiette de pâté chinois, il en restera exactement sept portions. Chapeau à Toque Ambidextre pour son beau calcul!

Souper
Nous avons une heure pour nous reposer après la vaisselle, mais le bal est reparti à 15 h.
Au menu : macaroni au gratin. À préparer pour 17 h 30.
Grosse logistique : il faut un mètre cube de macaroni que l'on mélangera à 15 litres de sauce bouillante avant de les verser dans des pannes que l'on couvrira de fromage à gratiner.
À 15 h 15, premier drame : l'eau commence à bouillir dans les marmites lorsque Crudité Réciproque constate qu'un des quatre pots de sauce bolognaise n'était pas étanche. La sauce est gâtée.
Pendant que les pâtes cuisent, il faut donc que j'improvise quatre litres de sauce avec du jus de tomates, des oignons, et autres légumes rapatriés du plat de crudités.
À 16 h 55, re-drame : la sauce bolognaise colle au fond et commence à brûler.
Vétéran de quelques jamborees et lui-même ancien chef scout, Éric (Totem : Macaroni Mutuel) tranche : nous avons réussi à produire cette petite odeur de brûlé scout sans que la sauce goûte le brûlé. C'est très fort.
D'ailleurs, les Mutants en redemandent : il n'en restera que quelques portions.

Dessert
Comme c'est le 40e anniversaire de la troupe, il y a du gâteau pour dessert : deux en fait, qui font bien un mètre carré.
Macaroni Mutuel réussit à trouver l'équation exacte pour trancher 100 portions égales là-dedans.
Pour la photo, je m'improvise pâtissier et je prépare avec la tartinade au caramel du déjeuner une inscription du genre «Joyeux 40e!»
Puis, il est 19 h 30 et les cuistots repus et fatigués contemplent les flocons abondants qui commencent à recouvrir le souvenir d'une journée sous le signe de la boustifaille alors que les lampes des enfants batifolent dans la forêt entre les branches telles des Lucioles Hivernales.
(C'est mon éditrice - Dactylo Magnanime - qui va apprécier cette chute.)

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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