Car je hais le café, une boisson qui donne son plein sens à la formule : «Pour le meilleur et pour le pire.»

Mon problème avec le café est de l'ordre de l'inexprimable, mais je vais quand même essayer de vous exprimer ça candidement.

Dirk van der Made, CC 3.0

Séchage du café, étape précédent les poules.

Isolé

Ce n'est pas de gaieté de cœur que je hais le café. D'abord, mon écœurement a pour effet de m'isoler. Nous sommes assez nombreux à ne pas aimer la télé, mais je ne connais qu'une ou deux personnes qui détestent le café.

Le café rend insupportable l'idée même de pause-café. Surtout que je ne tolère pas les lieux qui en font le commerce.

Quoi de plus rebutant qu'un rendez-vous dans un Second Cup ou un Starbucks? Leur odeur de vieux latté froid est dégoutante. Et l'idée de vautrer dans leurs sofas dégueulasses couverts de miettes de pain et de biscotti est à vomir.

Certains amateurs de café considèrent le café Olimpico, rue Saint-Viateur, comme l'antichambre du paradis. Pour ma part, je deviens de mauvaise humeur dès que je franchis la porte. L'endroit est parfaitement désagréable.

Mon premier café

La scène se passe dans la Sierra Negra, au Mexique, et je participais à une expédition spéléologique québécoise. C'est une région qui ressemble à la Suisse par ses hautes montagnes, mais une Suisse couverte de végétation de haut en bas, et sillonnée de sentiers de mulets défoncés.

Les habitants, des Indiens nahuatl de descendance aztèque, y vivent pauvrement du bétail et du café.

Le parfum des fleurs de café est absolument extraordinaire et les cerises de café, rouges, bien juteuses et bien sucrées, sont tout simplement délicieuses. Le fruit du café fait penser au litchi : la pulpe est fantastique, mais le noyau est infect. Pour mon plus grand malheur, c'est le noyau de café qui constitue la base de l'horrible boisson dont vous raffolez.

Pour préparer le café à la vente, les paysans décortiquent le fruit, puis le font sécher sur des dalles en béton. Les poules picorent au travers sans pouvoir se retenir, d'où la saveur incomparable du café des sierras - une recette reprise pour tous les cafés du monde.

Chaque jour, devant notre campement, nous voyions passer un campesino un sac de café sur le dos. Les plus débrouillards déboulaient la montagne et prenaient le bus afin de mener leur sac directement à la coopérative, histoire de court-circuiter un ou deux intermédiaires.

Toujours est-il qu'un jour que j'étais venu acheter deux poules pour le souper, le paysan m'a offert une tasse de café et comme il n'avait que ça à offrir, il a bien fallu que j'accepte. C'était tolérable: les campesinos des sierras boivent leur café réduit en poudre, bouilli pendant des heures et très très sucré.

La plupart des amateurs insistent sur le fait que ce n'est pas le vrai café. Donc, je suis disqualifié.

Second café

J'ai passé deux ans à Paris en m'efforçant de passer le moins de temps possible dans les cafés, particulièrement malpropres.

C'est dans l'un d'eux que, à mon corps défendant, j'ai pris le second café de ma vie devant la mosquée Omar, dans le 11e arrondissement à Paris. J'interviewais un fondamentaliste musulman, Mohammed, qui venait de me jeter dehors de la Mosquée, et il en était à me raconter sa vie. C'est lui qui avait commandé les cafés et je n'avais pas tellement envie de contredire Mohammed. Je pense que j'ai dû y mettre une douzaine de cubes de sucre.

Finalement, je me suis arrangé pour renverser ma tasse et j'ai commandé deux coca-cola. Mohammed était le plus heureux des hommes, et moi aussi.

Le rituel de la préparation

Ce n'est pas tellement le goût du café que j'abhorre. L'odeur comme telle n'est pas désagréable. J'aime bien une bonne charlotte, et je le tolère quand il est archisucré.

Ce qui me rebute profondément, c'est le tintouin autour de sa préparation et sa consommation. Avec le café, il n'y a vraiment rien de simple.

Il faut broyer le café dans un broyeur, et ensuite percoler ou le filtrer. Une fois sur deux, il se renverse des grains, du café ou du lait.

Au bout de tout ce fatras, on peut enfin déguster ce «bon café»... mais il faut encore attendre parce que c'est trop chaud.

La culture café

Quand mon beau-frère est venu passer le weekend chez nous avec sa machine à expresso et son broyeur à café, j'ai su que ce serait long.

Vous ne pouvez pas imaginer comme le papotage autour du café me fatigue.

À commencer par les interminables discussions sur le goût du café. Grave question : l'arabica des hauts plateaux de Tanzanie est-il meilleur que le Sumatra du fin fond des jungles de Bornéo? Et que dire du robusta de Jamaïque?

Si vous saviez le nombre de pauses-café interminables que j'ai dû souffrir, en sachant que la différence de goût n'est pas vraiment dans le café, mais dans la santé des poules qui picorent au milieu du séchoir.

Les alternatives

Remarquez que je n'aime pas davantage le thé ou le lait au chocolat. Le thé représente la même logistique idiote, avec la maudite poche en plus. Et il y a en plus cet arrière-goût de jus de tondeuse bouilli à ressusciter les morts.

Quant au lait au chocolat, il ne comporte pas de poche, mais il me donne soif, si bien que je ne suis pas plus avancé après une tasse.

Personnellement, le matin, je préfère un ou deux verres d'eau bien froide, et un verre de lait. Pour la pause, j'y vais d'un bon Coke.

On ne dira jamais assez de bien du coca-cola. Ça vient en boîte ou en bouteille, c'est pareil partout, le produit est local et le service est l'affaire d'une seconde ou une seconde et demie. Aucune surprise.

Le sucre? Bof. Le seul café que je pourrais boire contiendrait trois à huit fois plus de sucre que de café, alors quelle différence?

Rien de tel qu'une bonne solution industrielle et parfaitement civilisée.

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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