«Vous savez combien il fait dehors? -35 °!
- Méchante erreur! Ils annonçaient -22 °.
- Ben, c'est -22 °, mais -35 ° avec le facteur vent.
- Bref, il fait -22 ° et il vente moyennement.»
La pauvre fille a froncé les sourcils, je venais de lui dégonfler sa baudruche catastrophiste.

Julie et les filles

Jean-Benoît Nadeau

À soir, on fait peur au monde
Maudit «facteur vent». Je pense que c'est ce que je déteste le plus de l'hiver.
En fait, pour être exact, ce qui me tanne, c'est qu'on me serve du facteur vent au déjeuner, au dîner et au souper. J'en veux beaucoup aux météorologues qui ont planté cette idée idiote dans la tête des gens.
«Le mercure indique -15 ° aujourd'hui, mais avec le vent, la température ressentie est de -1000 °!
- Ah ben là dis donc!» s'exclame l'animateur de radio bouche bée.
Ça met du drame dans le bulletin.

Sur une banquise près de chez vous
Quand j'étais jeune, il n'y avait pas de «facteur vent». Il «ventait», tout simplement. D'ailleurs, le vent n'avait pas non plus de vitesse. Sa vitesse était : «pantoute», «bof», «moyen», «pas pire» et «trop».
De nos jours, il «facteur-vente».
Le «facteur vent», je l'emmerde cordialement.
Le concept du «facteur vent» a été inventé par des chercheurs américains échoués sur leur banquise en Antarctique pour qualifier le froid intense. Mais ce qui est critique, c'est qu'ils ont fondé leurs mesures sur la vitesse de refroidissement de l'eau dans un cylindre.
Normalement, l'être humain est plus intelligent qu'un cylindre d'eau inerte, mais le concept même de «facteur vent» part du principe que nous sommes tous des cylindres d'eau.

Hiver 101
Au cours Hiver 101, le prof vous dit de sortir dehors par -22 °, tout nu, au gros soleil, et zéro vent.
Leçon 1 : Votre corps développe naturellement une bulle de chaleur qui reste autour de vous, si bien que vous pouvez durer comme ça un certain temps.
Leçon 2 : Les épisodes sans vent ni brise sont en fait rarissimes et très brefs. L'air bouge toujours. Et quand l'air bouge, la bulle de chaleur est soufflée : vous gelez.
Au cours Hiver 102, le prof vous dit de sortir dehors tout nu à -22 °, alors qu'il souffle un petit nordet à 20 km/h.
En fait, vous vous comportez en tête d'eau et vous avez échoué l'examen du cours Hiver 101, qui consiste à choisir le vêtement approprié.
Leçon 1 : c'est le vêtement qui accroche votre bulle de chaleur à votre peau malgré le vent.
Leçon 2 : si vous sortez par grand froid sans vous couvrir, vous méritez de geler parce que vous êtes inadapté. Darwin a écrit de belles choses là-dessus.

Les autres facteurs
Au cours Hiver 201, vous apprenez que deux autres facteurs influencent la température ressentie : la direction du vent et le soleil.
J'ai passé une semaine à Iqaluit en février 2010 et j'étais très heureux. J'avais amené les bons vêtements et je me suis bien amusé. Mais remarquez qu'il y avait une grosse différence entre -30 ° au vent le jour et - 30 ° au vent le soir. Bref, même à -30 ° au vent, le soleil fait une différence, à condition d'avoir les bons vêtements (Hiver 102).

Le triomphe du n'importe quoi
Il y a toujours un facteur vent, c'est obligé.
Expérience amusante pour le cours Hiver 202. Allez patiner sur le canal Rideau au vent par -18 ° comme je l'ai fait samedi avec la famille. Observer bien. À un moment donné, il facteur-vente très fort de face, ensuite il facteur-vente de côté et ensuite il ne facteur-vente presque plus, et ça recommence.
Au cours Hiver 203, on va retourner patiner, cette fois quand il ne vente pas. Observez bien. Quand vous patinez par un jour sans vent, il vente toujours de face. Wow! «Facteur vent!»
Bref, le patin, le ski, la raquette, la marche sans «facteur vent», ça n'existe pas. Même à reculons.

Jouer avec les chiffres
Au cours Hiver 303, vous êtes invité à gosser sur le site d'Environnement Canada et sa calculatrice du refroidissement éolien. Amusez-vous à entrer des chiffres. Qu'observez-vous?
Réponse : La plus grosse variation de température ressentie est au premier km/h de vent.
Mettons qu'il fait -10 ° et qu'il vente de 1 km/h, la température ressentie est de -11°. Donc, le premier 1 km/h fait bouger la température ressentie d'un gros degré. Il faut ensuite monter le vent à 30km/h pour finalement toucher -20° (29 km/h de plus, pour 9 degrés de différence). Et ça plafonne à -25 ° pour un vent de 100 km/h (75 km/h de plus pour un petit cinq degrés).
Leçon 1 : Le facteur vent est pire quand il ne vente pas trop. (Un mathématicien vous dira que la courbe est asymptotique).
Leçon 2 : Vos vêtements d'hiver repoussent le seuil du premier kilomètre/heure de vent sur votre peau.

Le gros bon sens
Hier, j'étais à Québec et j'ai marché de la gare d'autocar à la place Jacques-Cartier. C'était glacial, et il y avait une bonne brise, mais j'ai été surpris du confort que j'éprouvais.
Outre mon vêtement adapté, il y a que j'ai choisi mon côté de rue : celui où il ventait le moins!
Ça, c'est le cours Hiver 305 «Stratégies hivernales », où on apprend à choisir où se placer pour minimiser l'effet des éléments.
L'été, il y a le «facteur soleil» : c'est drôle, c'est moins chaud quand on marche à l'ombre. Ah ben dis donc! C'est pareil avec le vent l'hiver : on peut marcher où il y a moins de vent.
À Ottawa, samedi, sur le canal Rideau, il facteur-ventait assez fort. Mais les patineurs faisaient la pause au village 3 plutôt qu'au village 2, plus exposé au vent. C'est une manière de réduire le «facteur vent».
Moralité : le «facteur vent» est toujours pire si vous vous comportez en cylindre d'eau.

Envoyez vos commentaires à Jean-Benoît Nadeau: Jean-benoit@nadeaubarlow.com

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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