Jean-Benoît Nadeau

Mais c'est la dernière fois en 2011 que je vous écris sur la télé. Ce sujet m'ennuie et puis j'aurai vraiment dit tout ce que je sais et que je pense sur le sujet!

Le vrai sujet

Certains téléphages, qui ont pris ça personnel, ont cru que je critiquais le Bye-Bye 2010.

Pas du tout : je ne critique jamais ce que je ne n'ai pas vu. Le sujet était la télé, qui me fait bâille-bâiller, surtout quand elle se regarde le nombril.

Une lectrice, Ariane M, m'a dit : «Il n'y a pas juste de la télé, au Bye-Bye, il y a aussi du politique et de la critique sociale.»

Peut-être, sauf que si c'est un politicien qui ne passe pas à la télé, on n'en parlera pas - sauf pour rire du fait qu'il ne passe pas. Et pour ce qui est des grandes questions sociales ou politiques, je gagerais que le Bye-Bye 2010 s'est borné à celles qui étaient «téléhygiéniques».

C'est quoi, la télé?

Mettons que vous regardez un film sur DVD au téléviseur. Ce n'est pas vraiment «de la télé». Cela devient un peu plus de la télé si vous regardez le même film à TVA avec quatre pubs toutes les 12 minutes.

Par contre, même si vous regardiez Battlestar Galactica sur écran géant dans un cinéma, ça resterait foncièrement de la télé. De la bonne télé, j'en conviens, mais de la télé pareil.

Le printemps dernier, j'ai regardé toute la série BSG pendant un mois à haute dose. J'étais accroché. Mais ce qui a failli me faire décrocher, c'était les espèces de pauses artificielles aux 12 minutes pour faire entrer la pub.

C'est insupportable et il faut rien de moins que Battlestar Galactica pour me faire surmonter ce défaut. Toute la télé nord-américaine est organisée autour des annonces. C'est détestable.

Et je n'aime pas assez la télé pour enregistrer - sans pub - des émissions construites autour de la pub que je regarderais plus tard.

Élitiste

Sept ou huit personnes ont jugé que j'étais élitiste, voire snob. C'est le commentaire qui m'a le plus piqué.

Mes goûts sont plus excentriques que recherchés, et mes amis savent bien que je ne suis pas non plus dans la Culture pour la Culture. Je préfère la grosse comédie aux gros drames, et je préfère les gros drames au ballet ou à l'opéra.

D'ailleurs, c'est à dessein que je vous ai cité des grandes séries humoristiques: c'est ce qui m'intéresserait le plus si je fréquentais la télé.

Personnellement, je préfère vous parler des mœurs du castor, de mes filles ou de ma grand-mère, de langue - c'est ma culture.

C'est d'ailleurs pourquoi je regrette sincèrement mon handicap télévisuel, qui me fait passer pour snob alors que je ne le suis pas. Ma vie et mon métier seraient tellement plus simples si je pouvais vous entretenir régulièrement sur 30 vies ou Guy A. Lepage.

Je vous trouve indulgents

Jean-Guy D. me parle d'opium du peuple et d'esclavage. Il y a une limite à ce discours. La voici: l'asservissement suppose aussi le consentement de ceux qui sont asservis. La Boétie avait écrit sur la Servitude volontaire en 1548, et ça reste d'actualité même s'il ne fait plus le Bye Bye depuis 1563.

Cela dit, je vous trouve indulgents, pour ne pas dire soumis. Plusieurs m'ont écrit qu'ils se contentent de ce qu'ils ont parce qu'ils n'ont pas le choix.

Vous tolérez des câblodistributeurs voyous, des émissions nulles et le matraquage publicitaire infernal.

Plaignez-vous, au moins, je vous en prie. Écrivez, menacez.

Plusieurs m'ont écrit qu'il se fait de la bonne télé au Québec - bonne si on aime ça. Le Québec jouit d'ailleurs sur ce point d'un microclimat que lui envient la France, le Reste-du-Canada et même les Américains. Mais ça pourrait être mieux.

Faut-il regarder la télé

Une autre question qui m'a un peu piqué: «Comment pouvez-vous connaître ce que vous ne connaissez pas?» Une variante, plus insidieuse : «Vous en connaissez pas mal pour quelqu'un qui prétend ne pas connaître...»

Mais faut-il être architecte pour parler d'architecture ou politicien pour parler de politique? Évidemment non, pas plus qu'il ne faut être chroniqueur pour parler de mes chroniques. On n'a pas besoin d'être soumis à la télé pour pouvoir en parler.

Même quand on ne suit pas du tout la télé comme moi, vous en parlez tellement qu'on finit par savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas.

Des fois, je me demande de quoi vous parlez, alors j'allume la télé, je regarde cinq minutes ou une heure, c'est selon, et quand je me suis fait une idée, j'éteins la télé.

Où prenez-vous le temps?

C'est la question qui me mystifie le plus.

Il y a 24 heures dans une journée. Le tiers est occupé à dormir. Le tiers - au moins - à travailler. Alors où trouvez-vous même une heure pour regarder la télé?

J'ai à peine le temps de lire, de m'occuper de mes filles, de cuisiner, de regarder un film et de faire une rando.

Expliquez-moi.

Malaxeur à neurones

La télé agit aussi sur le cerveau de la même manière que le cholestérol agit sur les artères.

Les neurologues sont de plus en plus certains qu'un enfant exposé trop jeune à la télé développe de l'hyperactivité, des troubles d'attention et des difficultés d'apprentissage.

Dans mon cas, cela m'excite sans bon sens. Je serais enclin à regarder les nouvelles (si elles étaient intéressantes), mais je trouve malsain de s'emplir la tête d'images violentes ou de polémiques avant de se coucher. Ça me réveille.

Une lectrice, Cardiology S, m'écrit pour me dire que la télé est la cause du décrochage scolaire. Ça, je ne crois pas. Je vais vous écrire là-dessus, c'est promis, mais je crois que la cause du décrochage scolaire est plutôt l'analphabétisme de masse et l'anti-intellectualisme ambiant.

À ce titre, il est heureux que l'on ait la télé : c'est le seul média, avec la radio, qui donne à une partie de la population accès à la connaissance.

N'allez pas croire que je dise que la télé est un média d'analphabètes. Elle en demande tout simplement moins à ses auditeurs. Si seulement vous pouviez être plus exigeants!

Envoyez vos commentaires à Jean-Benoît Nadeau: Jean-benoit@nadeaubarlow.com

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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