Mire

C'est la grande question fédératrice du Jour de l'An avec les vœux rituels. Et aussi, bien sûr: «Un peu de tourtière avec ton ketchup?»
«Je n'ai pas vu le Bye Bye 2010.
- Il y a la reprise...
- Je ne regarde pas les Bye Bye.
- Comment ça?»
J'ai cinq raisons, et je vous en mets une sixième en prime parce que c'est vous.

1) Nombriliste
Je ne suis plus la télé depuis 1985 (l'année du Bhopal et des Super Mario Brothers). La dernière fois que j'ai essayé de regarder un Bye Bye - était-ce Bye Bye 1992 ou Bye Bye 1994? -, j'ai trouvé ça plate.
La platitude vient du fait que l'humour du Bye Bye ne réfère qu'à la télé ou plus exactement à ce qu'on voit à la télé. C'est strictement autoréférentiel.

La télé peut être très forte quand elle parle du monde, mais elle est trop souvent nombriliste.
Oh, il m'arrive de regarder la télé pour autre chose que l'épousseter. Le 11 septembre, j'ai regardé la télé toute la journée - j'ai eu ma dose. Quand j'étais en France, je regardais aussi la télé en soirée pour les films de 20 h 50 - une grande tradition européenne.

Je regarde la télé, mais je ne suis pas capable de la suivre.
Cela me frustre beaucoup. Dans une société aussi téléphile que le Québec, ma vie serait tellement plus facile si j'étais capable d'aimer la télé.
Il se fait de grandes choses, ici : Les Bougons, La Petite Vie, un Gars une fille. J'ai aussi deux bons amis, Hugo Dubé et François L'Écuyer - Bonne Année, les gars! - qui sont acteurs dans des séries. Mais je préfère attendre le DVD.

2) Linéaire
Ce qui me révulse de la télé, c'est sa linéarité. Son contenu se déroule comme un décor de carton-pâte.
J'aime mieux le journal et la radio. Le journal, on peut le commencer par la fin, le milieu, reculer, avancer, sauter des pages. C'est parfait.

La radio paraît linéaire, mais on peut l'écouter avec ses oreilles, tout en faisant autre chose avec ses yeux. Et quand Christiane Charrette part sur un sparage, on peut penser à autre chose.

Ce n'est pas possible avec la télé, qui est très jalouse de notre attention.
Comme mes jumelles de sept ans et demi, la télé veut qu'on l'écoute et qu'on la regarde en même temps. En plus, elle veut qu'on fasse ça à sa manière. La télé a un âge mental de sept ans et demi.
La linéarité n'est pas propre à la télé. Un film, un livre sont aussi linéaires qu'elle - sinon plus. La différence, c'est que le cinéma et le livre ne sont pas tombés dans la logique du matraquage.

3) La pub
On utilise la linéarité de la télé pour m'obliger à endurer 15 minutes par heure d'agression publicitaire.
C'est le très grand défaut de la télé nord-américaine que les gens d'ici considèrent comme une fatalité, alors que c'est un choix.
On lit souvent qu'une des causes de l'obésité, c'est la télé. Plus exactement, c'est la faute aux vagues de pubs abrutissantes qui refoulent des millions de pauvres bougres et leur bougresse vers le frigo ou la jarre à biscuits.

Le seul spectacle de nouvelles que je suis capable de regarder à la télé, ce sont les soirées électorales - où l'on subit très rarement la pub.
Comme d'ailleurs le 11 septembre. Si tous les jours de télé pouvaient être comme le 11 septembre, ce serait le bonheur. Enfin, pas le bonheur, mais ce serait tolérable.

4) Le vide
Le reste des nouvelles, les nouvelles quotidiennes: pas capable. Rien de pire que la nouvelle pensée, scriptée, régurgitée en comité.
Mais une image ne vaut-elle pas 1000 mots? Peut-être, sauf que les images choisies sont souvent fausses, irréelles, sans signification ou sans rapport. Ce sont moins des images que du remplissage.
La nécessité d'illustrer par l'image est aussi une contrainte épouvantable. De très grosses nouvelles échappent à la télé parce qu'elle n'a pas les images, mais elle en trouve toujours beaucoup pour des trucs insignifiants.
De temps à autre, un réalisateur plus éclairé nous organise un show de chaises. Mais c'est de la mauvaise télé. Aussi bien lire le journal.

5) Le choix
Mon autre problème avec la télé, c'est l'abondance de choix. Maudit que j'haguis le choix.
Je passe mes journées à choisir pour mon travail, alors vous ne pouvez pas vous imaginer comment ça me fatigue de choisir pour me reposer. En fait, j'ai la nostalgie des téléviseurs à roulette à 11 canaux du temps de Bobino.
L'autre jour, un pauvre type de Vidéotron - ou était-ce Bell? - enfin, un pauvre type m'appelle pour m'offrir la télé à 800 ou 900 canaux.
«Vous pouvez regarder la BBC, écoutez la radio française». Je leur lève mon chapeau, aux gars du marketing : ils avaient mon profil.
Le seul truc qui leur avait échappé, c'est que ça ne m'intéresse pas.

6) Le clou dans le cercueil
Comme je n'aime pas la télé, je ne fais aucun effort pour la recevoir. Ni câble, ni antenne parabolique. Tout juste deux oreilles de lapin, dont une croche.
Ma télé est dans un recoin du sous-sol, où l'antenne fait assez mal son travail. Radio-Tralala et TVAhA entrent avec un peu de neige, CBC avec poudrerie par endroits et Télé-Québec quand Bazzo tient l'antenne à bout de bras.
Si seulement Marie-France était restée à la radio...

Lire la suite de l'article : Le Bâille-Bâille - suite (!) et fin

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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