
Voilà comment réagissait Josée Boileau, dans un éditorial du quotidien Le Devoir, suite aux déclarations de vendredi dernier du ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, et celles du premier ministre Jean Charest, qui se disaient préoccupés par le gaz de schiste... après en avoir fait la promotion!
Changement de ton
Comme la plupart des commentaires suite aux déclarations gouvernementales, je ne peux aussi noter avec satisfaction le changement de ton du gouvernement. Espérons que lorsque la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, sera de retour de vacances, elle ne sera pas tentée de sortir une autre affirmation non-fondée et loufoque comme celle comparant les fuites des puits de gaz de schiste et les vaches. Donc, avant de chanter victoire sur le changement de ton du gouvernement sur le gaz de schiste, faudrait-il encore attendre le retour de la ministre Normandeau.
Mon côté cynique ou plutôt prudent pencherait pour une interprétation différente. Le changement de ton du gouvernement ne serait-il pas une autre tactique pour démobiliser les citoyens, pour que le gouvernement soit moins sous pression une fois que soit rendu public le rapport du BAPE rachitique commandé sur mesure par le gouvernement pour aller de l'avant avec l'exploitation du gaz de schiste? Le gouvernement gagnerait ainsi quelques semaines de répit pour calmer la grogne et reprendre l'initiative. Il serait donc prudent que les citoyens continuent à s'informer, se mobiliser et s'organiser jusqu'à l'annonce officielle par le gouvernement d'un moratoire significatif.
Un signe de changement? Prouvez-le!
Mais donnons le bénéfice du doute au gouvernement et présupposons pour une minute que le changement de ton annonce aussi un changement de cap qui viendrait après le dépôt du rapport du BAPE le 28 février prochain. Voyons ce que cela pourrait signifier.
Premièrement, cela donne aux commissaires du BAPE, en pleine rédaction de leur rapport, un signe que le gouvernement pourrait changer d'orientation. Ceci constitue donc une belle occasion pour les commissaires du BAPE de conclure logiquement que face aux nombreux impacts inconnus sur les risques entourant l'exploitation du gaz de schiste, il faut un moratoire et qu'ils le disent clairement au gouvernement. Il faut au moins un moratoire de deux ans pour que ce soit significatif.
Deuxièmement, le Premier ministre devrait reprendre le contrôle du dossier énergétique pour remettre le Québec sur les rails d'une politique éco-cohérente et basée sur la stratégie énergétique adoptée en 2006. Cette stratégie énergétique était basée, par ordre prioritaire, sur les économies d'énergie, l'augmentation de l'efficacité énergétique et sur les énergies renouvelables. Ces trois éléments devraient être les seules priorités du gouvernement et il devrait oublier les aventures gazières et pétrolières.
Le gaz de schiste, mais aussi le pétrole dans le golfe du St-Laurent et la reconstruction de la centrale nucléaire à Gentilly sont des distractions qui détournent de ce que devraient être les priorités du Québec pour les prochaines décennies. Il reste environ 18 mois à Jean Charest pour laisser un héritage... Saura-t-il mettre sur les rails une politique éco-énergétique cohérente et sortir le Québec des énergies sales?
Troisièmement, afin d'être crédible, le Premier ministre Charest doit utiliser le laps de temps qu'il lui reste jusqu'au dépôt du rapport du BAPE pour envoyer rapidement un message clair en faveur d'une politique éco-énergétique cohérente. Il pourrait annoncer, par exemple :
- de nouvelles mesures concrètes en matière d'économie d'énergie, d'efficacité énergétique et de substitution pour sortir le Québec des énergies fossiles. Ces mesures pourraient alors être incorporées au budget 2011-2012 de mars prochain;
- d'annoncer de nouveaux projets en énergies renouvelables et notamment éolienne au-delà de 2015 afin de préserver l'expertise locale acquise, mais qu'on risque de perdre si aucun projet n'est annoncé rapidement. Bien sûr, il serait indispensable que les nouvelles éoliennes soient situées dans des zones socialement plus acceptables!
- que les projets de transport en commun soient prioritaires, spécialement en milieu urbain plutôt que la multiplication des projets de reconstruction autoroutiers et de ponts. Pourquoi ne pas annoncer aussi des projets d'électrification des transports?
Établir une politique éco-énergétique et s'y tenir
La saga du gaz de schiste est franchement une perte de temps pour la société québécoise. Il faut mettre en place sans tarder une politique éco-énergétique et garder le cap pendant les prochaines décennies. On ne peut plus faire tout et son contraire. Le milieu des affaires préfère aussi une stabilité dans les politiques gouvernementales.
En attendant, et comme le dit Brigitte Breton dans le quotidien Le Soleil: « les Québécois ont intérêt à demeurer vigilants ».


