Une idée, un mot, un concept et hop là! une toune importune se colle dans ma tête au grand dam de mon entourage et, parfois, de moi-même. Depuis mardi dernier, j'ai Survoltée d'accroché au plafond. Une chanson de Diane Dufresne, très 1984. «Je suis comme une décharge électrique, si vous m'approchez, je vais tout faire sauter!»

La voix de notre diva hystérique, l'icône d'une époque révolue, celle des épaulettes, de Thriller, du beau risque, de Mulroney, s'est subrepticement glissée dans la salle du Cinéma du Parc, s'imposant à mon subconscient à peu près à mi-chemin de Chercher le courant. Plus manifeste que documentaire, ce film dénonce la décision d'Hydro-Québec d'harnacher la rivière Romaine pour augmenter les réserves de notre société d'État.

Avec son gros Q vintage, le fleuron de notre Révolution tranquille agirait toujours, selon le documentaire, comme à la belle époque de «la Dufresne» croyant encore que c'est elle la star! Déphasée, déconnectée, ignorant qu'aujourd'hui, que c'est Lady Gaga, la folle à lier à la mode. Ce n'est peut-être pas un hasard si dans ce film qui parle de kilowatt/heure, d'électricité, d'énergie, c'est ce vieux succès qui a surgi dans ma tête. Le propos du film télescopé, résumé par la musique: Survoltée, Hydro veut tout faire sauter... la rivière et son écosystème, pour construire des barrages passés de mode. Telle une femme qui s'obstinerait à acheter toujours le même modèle de robe qu'elle payerait de plus en plus cher au fil des ans, sourde aux commentaires de son entourage, obstinée, Hydro ne serait plus à la page.

Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere filmant près de la rivière Romaine.(Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere filmant près de la rivière Romaine.)

© Photo: Christian Hudon / Courtoisie

Voilà pour le résumé du film de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere avec la participation du très beau et très sexy Roy Dupuis, narrateur du manifeste. Nicolas et Alexis sont deux trippeux qui ont eu l'idée de descendre en canot la rivière Romaine avant le début des travaux par Hydro-Québec, histoire de documenter un écosystème qui appartiendra bientôt au passé. Leur périple sert de prétexte pour présenter des alternatives possibles à la construction de barrages, des alternatives plus vertes qui éviterait le carnage de nos rivières à l'heure du développement durable. «Si vous payez un compte d'électricité, vous devez voir ce film.» C'est le slogan choisit par les cinéastes écologistes pour attirer l'attention sur leur production maison. Car, au-delà de la force du film lui-même, c'est l'histoire de sa production qui retient l'attention: un film auto-financé qui se déplace au gré des demandes et du bouche-à-oreille, de la rumeur réelle comme virtuelle. Depuis des mois, les deux gars se déplacent au Québec, louent eux-mêmes des salles pour montrer leur film. À chaque fois, l'un d'eux reste pendant la projection pour discuter avec le public après. Mardi dernier, malgré un froid sibérien, une centaine de personnes s'étaient déplacées pour voir le documentaire et lorsque le silence a envahi la salle à la fin du générique, personne n'a bougé. Après des applaudissements nourris, ils avaient tous envie de commenter, de poser des questions, de s'exprimer.

«C'est toujours comme ça», me dit Alexis de Gheldere, fier comme un paon. «La semaine dernière, une dame m'a même embrassé. Ça arrive souvent que des gens de 50-60 ans me disent à quel point ils sont rassurés de voir que des jeunes s'impliquent et veulent changer le monde.» You say you want a revolution, well you know, we all want to change the world... (Beatles, White Album, 1968). Bon, une autre chanson qui explique pourquoi à mon avis ce film est en proie de devenir un phénomène. On aime les révolutions, qu'elles soient algériennes, égyptiennes ou autres. Les belles révolutions qui défendent de grandes idées. On voudrait bien nous aussi se révolter, contester ou du moins appuyer des gens qui le font. Parce que tout le monde veut un peu goûter ce que ça goûte les idéaux, avoir des idées et les défendre. Parce que «We all want to change the world...»

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