Dans ce dossier à rebondissements qu'est le mouvement étudiant, les dernières quarante-huit heures semblent avoir apporté la possibilité d'un dénouement, un «début de fin» en tout cas, comme le disent les leaders des principales associations. Après 12 semaines, un terrain d'entente pourrait être trouvé et, comme on pouvait s'y attendre, il goûte le compromis. L'augmentation des frais de scolarité devrait être maintenue, en échange, un contrôle plus strict de la gestion des universités sera exercé afin de dégager de nouvelles recettes venant équilibrer cette hausse. Des recettes qui ne sont pourtant pas assurées et un équilibre qui reste purement hypothétique. Fini donc les utopies de gratuité et tout ce qui a un jour pu être envisagé dans l'euphorie de ces temps de mobilisation.

Manifesttaion étudiante, le 22 mars 2012

Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

L'accord, s'il est approuvé par les associations étudiantes, pourrait laisser quelques déçus, quelques sceptiques aussi, tant le résultat de ce nouveau dispositif est encore difficilement quantifiable. Cette déception sera à la mesure des espoirs d'une génération qui voulait, sans toujours s'en rendre bien compte, bien plus que ce résultat. Dans la rue, la jeunesse a voulu être entendue, elle a voulu pouvoir s'assoir à la même table que la classe dirigeante et être prise au sérieux. Elle a voulu exprimer que le Québec avait un modèle propre et qu'il devait en demeurer ainsi, peu importe que sur ce dossier, comme sur bien d'autres encore, il se différencie de l'ensemble des voisins d'Amérique du Nord.

L'immense incompréhension qui s'est déroulée durant ces douze semaines était bien plus vaste que ce qu'on a vu, même si on en a vu beaucoup. La ligne de démarcation séparant manifestants et gouvernement est apparue sur les dernières particularités de la province, des vestiges vieux de 40 ans qu'une génération, dans sa grande majorité, est allée défendre pancarte à la main. Un lien avec ce passé qui a fait aussi arborer le carré rouge à bon nombre de têtes grises, retrouvant là un certain espoir dans la génération de leurs petits-enfants.

Si, demain, la vie reprend son cours, dans les cégeps et les universités, ce compromis n'aura résolu en rien le fond du problème, n'aura répondu à aucune question. On peut déjà en faire le pari. Car, pour cette génération, comment oublier ce qui s'est révélé au grand jour? Comment oublier l'application concrète et méthodique de la pensée, des valeurs, du programme d'un gouvernement avec lequel ils ne veulent rien partager? Comment oublier qu'ils en ont pris toute la mesure? La réalité apparente sera celle d'un retour à la normale, avec comme toile de fond le débat sur les vainqueurs ou les perdants de cette sortie de crise, mais dans les têtes, la ligne de démarcation entre deux visions différentes du Québec n'aura jamais été aussi claire. Cette opposition ressortira forcément tôt ou tard.

D'ici là, les souverainistes vont capitaliser en soufflant sur des braises que beaucoup croyaient définitivement éteintes. Si, comme on l'entend, la résolution de cette crise est en partie liée à l'intervention en coulisse de Gilles Duceppe, son travail de déminage pourrait bien être payant. Il s'inscrit comme le contre-point parfait de l'attitude du gouvernement, qui en faisant la sourde oreille bien trop longtemps, a sans doute commis une sérieuse erreur politique.
Jean Charest n'a pas voulu de ceux qui ne partagent pas ses valeurs à sa table. Ce faisant, il a montré clairement qu'il n'était pas le premier ministre de tous les Québécois, comme le voudrait pourtant sa fonction.

Les valeurs en question, celles qu'il a affichées se sont bornées au raisonnement suivant: le Québec n'est pas aligné sur le bon modèle. Il y a de la marge, commençons dès à présent à la combler. Le message qu'il a fait passer, celui de l'uniformisation et de l'intransigeance aura fait des dégâts et soulevé des questions jusque dans son propre parti. À la prochaine étincelle, au prochain grand débat de société, les fissures qui viennent d'apparaître au sein du PLQ et le nouvel équilibre des forces pourraient bien changer la donne.

L'environnement, la santé, le développement économique, les opportunités ne manqueront pas pour, un jour, forcer l'ensemble des citoyens à choisir s'ils arborent un carré rouge ou vert, s'ils croient à la singularité ou à l'uniformisation, et à décider dans quel pays ils veulent vivre. Ou dans quelle province.

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