Ça y est, nous allons enfin savoir. Avec la date des élections en voie d'être fixée, le conflit étudiant, le mécontentement, la contestation vont peut-être finir par déboucher sur quelque chose, sur un résultat concret. Mais rien n'est moins sûr et beaucoup de questions se posent dès maintenant. On peut tout d'abord épiloguer, et même longuement, sur cette campagne électorale en plein coeur de l'été, des vacances et disons-le un moment de l'année qui invite très clairement à l'indifférence.

Graham Hugues-La Presse Canadienne

Dans un contexte comme celui-là, évidemment, la logique veut que l'avantage soit au parti sortant. Mais il ne faut pas oublier que dans ce même contexte, l'électorat, tous les électorats, sont difficiles à mobiliser. De là à se retrouver avec le scénario de l'arroseur arrosé, le pas est vite franchi. Parce que, bien sûr, après l'agitation confinant à l'hystérie des derniers mois, Jean Charest compte beaucoup sur ce besoin de tranquillité, de repos, de stabilité qu'est supposée ressentir une majorité de Québécois. Mais jusqu'ici, et à moins d'une campagne vraiment surprenante, cette stratégie semble être la seule et unique du Premier ministre : « Continuez à prendre le soleil et pour la rentrée, comme vous aurez déjà beaucoup trop de choses à faire, je vous promets qu'au moins vous n'aurez pas à changer de gouvernement. » Tout un programme politique, non? Quoi qu'il en soit, si le PLQ l'emporte, il faudra analyser toute la séquence politique et la faire étudier dans tous les cours d'études politiques.

Cette stratégie de l'indifférence est surtout un énorme risque et peut devenir une énorme erreur. Pour l'heure et durant toute la première partie, elle pourra sans doute avoir l'air payante, mais dans la dernière ligne droite, comment ne pas imaginer voir rejaillir toute la passion qui fut le quotidien des derniers mois. Dans les derniers jours, on peut compter sur le retour des manifestations, diurnes ou nocturnes. Imaginez maintenant quelques frictions avec le SPVM et voilà, la pression est déjà de retour et la tension monte. L'élection serait alors aussi suivie qu'un match du Canadien un soir de finale. Car ce moment politique sera forcément passionnant. Depuis le dernier referendum, quel vote a autant été directement connecté à une réalité tangible, à un enjeu de société aussi clairement exposé? Jean Charest s'est mis dans une position où il n'a plus qu'à demander aux Québécois un plébiscite sur sa personne. Avec ou sans lui sera la question, au-delà même de la question des droits de scolarité, de l'accessibilité aux études.

De nombreux commentateurs ne laisseront que peu de chances au premier ministre. Mais comment mesurer cette impression? S'il est vrai que sa marge de manoeuvre semble mince, l'analyse d'une défaite annoncée est peut-être centrée sur un ressenti très montréalais. Beaucoup moins touché par les mouvements de contestation, que pense réellement le reste du Québec de ces revendications, de cette agitation? Les plus silencieux vont enfin s'exprimer et comme toujours, ils représentent la part inquantifiable, la marge qui fait une élection.

Mais, plus que tout, ce qui sera le plus passionnant à observer est sans aucun doute le vote de la jeunesse. Ces dizaines, centaines de milliers d'étudiants et de cégépiens voulaient un moyen de se faire entendre. Ils ont enfin un porte-voix, vont-ils s'en servir massivement? On a déjà entendu les leaders des associations étudiantes promettre une mobilisation sans précédent. On parle d'ouvrir des bureaux d'information et de prendre par la main les étudiants récalcitrants pour les emmener jusqu'au bureau de vote. On entend dire que le démarchage se fera rue par rue dans certaines circonscriptions incertaines. Quel en sera le résultat? Une chose est sûre, le Québec tout entier aura les yeux rivés sur sa jeunesse. Car, après des mois entiers à se débattre pour se faire entendre, un chiffre de participation ne serait-ce que moyen de cette frange de la population serait facilement perçu comme une preuve flagrante d'inconséquence.

Toute la pression est en fait maintenant sur les représentants du carré rouge et sur leur capacité à poursuivre sa mobilisation dans les urnes. À moins que, tout simplement, cette génération ne se retrouve dans aucun parti, aucun candidat, auquel cas la société québécoise se retrouverait avec un très sérieux problème.

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