Il y a des chiffres comme cela, qui sont des indicateurs de l'état de maturité d'une société, de sa bonne santé générale. Parmi eux, bien sûr il y a les grandes causes, la sécurité routière, l'accès à une couverture médicale, à l'éducation, les conditions d'incarcération, le taux d'alphabétisation, etc. Il y a néanmoins certains chiffres qui semblent continuer de provoquer une indifférence générale, comme l'abandon d'animaux.

Pourtant la situation actuelle mérite bien qu'on s'y attarde, et chaque année un peu plus. Selon les organismes chargés de la protection animale, qui mesurent la situation sur le terrain, le taux d'abandon est en sérieuse augmentation. Qu'il soit bien précisé ici que le but de cette chronique n'est pas de jouer les ayatollahs de la cause animale, chaque extrémisme n'est qu'une voie sans issue, mais simplement mettre un coup de projecteur sur le sujet et en appeler à un certain sens de la responsabilité civique.

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Si les chiffres viennent de tomber c'est que, passé le 1er juillet, la période est idéale pour dresser un état des lieux. La raison? Les déménagements massifs de ce premier jour de juillet amènent chaque année leurs lots d'abandons de chiens et de chats. On change d'appartement, mais le nouveau proprio n'est pas vraiment un ami des bêtes. En conséquence, toutou ou minou sont simplement laissés à la fourrière, pour les plus prévenants, ou dans la rue. On prend un animal chez soi, qu'on le veuille ou non il devient un membre de la famille mais on a tellement envie de ce nouvel appart avec son grand salon et sa cuisine ouverte qu'on en arrive là. Exprimé comme ça, c'est un peu surréaliste, c'est pourtant la vérité nue dans des centaines de cas.

Que faire? S'en remettre à la loi? Non, car celle-ci ne considère que l'abandon dans la nature comme un crime. Pour le passage de complaisance à la fourrière, rien n'est prévu, et le propriétaire n'est en aucun cas tenu de se justifier. Petit aparté ici, il y a une grande différence entre des organismes comme les fourrières privés, à but lucratif, avec lesquels font affaire la plupart des arrondissements montréalais, où l'on euthanasie largement, et la SPCA, organisme à but non lucratif et qui ne rentre donc pas dans les mêmes logiques de rentabilité.

La loi, donc, en attendant qu'elle change, est un filet avec de gros trous. L'une des solutions serait, par exemple, d'interdire la vente des animaux dans les animaleries. Ce choix, l'arrondissement de Rosemont-la-Petite-Patrie l'a fait, en interdisant aux nouveaux commerces de ce secteur de vendre chiens et chats. En étendant ce type de décision, on ralentirait fortement le geste d'achat compulsif d'animaux. Pour quelques dizaines de dollars et en moins de deux minutes, on peut acheter un chat dans la plupart de ces boutiques. La recette pour une catastrophe quand on ne sait pas dire non à la petite dernière qui fait sa crise.

Mais le principal point noir de ce commerce demeure son réseau d'approvisionnement, les usines à chiots. Une « industrie » florissante au Québec, où des individus peu scrupuleux engrangent du cash en profitant soit du flou législatif soit du manque de contrôle des autorités. On ne dressera pas ici de tableau larmoyant de ce genre d'endroit, mais précisons simplement qu'il s'agit de conditions de vie indignes (maladies, manque de soins, environnement insalubre...) pour les animaux et que la cadence de reproduction met la santé des mères en jeu.

La solution, comme dans bien d'autres dossiers, passe par l'éducation. L'éducation des aspirants propriétaires à ces questions et aux réalités qui se cachent derrière ce choix. Pour l'heure, la meilleure façon de trouver un animal, après un choix mûrement réfléchi, reste l'adoption. Les organismes, bénévoles, totalement dédiés à cela ne manquent pas et débordent malheureusement de compagnons potentiels.

La solution passe aussi, bien évidemment, par la stérilisation pour freiner tant bien que mal cette surpopulation. Dans ce type de dossiers, les chiffres, bien qu'irrévocables, ne veulent pas dire grand-chose. Pour simple rappel tout de même, il y a environ 500 000 abandons par an au Québec, principalement l'été. Si vous n'avez aucune idée de ce que représente ce chiffre, il suffit de le comparer à celui de la France, pays amateur d'animaux de compagnie, qui est de 100 000, pour une population presque dix fois supérieure. On peut tous faire beaucoup mieux que ça.

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