Ça fait trois ans que je porte maintenant ma cicatrice en étoile (oui, oui, comme Harry Potter!) sur le front, stigmate d'une commotion cérébrale, souvenir d'un brassage sérieux de mon lobe frontal, de quelques mois passés dans les couloirs d'un institut de réadaptation aux couleurs fades, au personnel avenant dont je ne me souviens plus vraiment puisque j'étais dans les vapeurs sérieusement.

Don, Don, Don... J'ai repris mes esprits et je t'écoute parfois, mais j'entends parler de toi bien plus souvent et je t'envie. Ce que tu peux être brillant! En fait, tu es mon idole, vraiment... Tu coûtes trois quarts de millions à la CBC: 750 000 beaux dollars pour provoquer un peu la galerie. Wow. Ton agent doit être un génie. Tu tiens depuis des années des propos abominables sur les Québécois et les Européens. Mais tu dis sans doute tout haut ce qu'une bonne partie du Canada pense à la brasserie du coin. Ce ne doit pas être trop grave. Tu t'es construit un personnage d'homme grossier, un peu sénile avant d'être vieux. Un problème, sans doute, dans la vie. Mais, je n'y crois pas à ce personnage. Il faut être un homme d'affaires rusé pour vendre, mettre en marché et «scorer» avec une vingtaine de DVD intitulés Rock'em Sock'em montrant les pires bagarres du hockey de la Ligue nationale.

Don Cherry et son chien Blue en 1985.. // Don Cherry et son chien Blue.(Photo: John Mahler, Toronto Star, PC)

Don Cherry et son chien Blue en 1985.

Combien as-tu fait de millions, mon ami aux vestons improbables, avec cette série? À ce que je sache, plusieurs. You must be laughing all the way to the bank! Mort de rire en fait... Surtout depuis que tu t'es même permis ce pavé dans la mare qui a fait bondir le conclave des chroniqueurs de sport qui t'ont déclaré anathème.

Moi j'ai trouvé que tu ne manquais pas d'air d'aller attaquer publiquement certains bagarreurs de la Ligue nationale qui osent raconter toutes les souffrances physiques et mentales qu'ils ont enduré pour faire leur métier. Et je t'ai trouvé parfait. Baveux. Provocateur. Sans Dieu ni maître. Tu les as traité d'hypocrites et de vomissures, des vomissures qui ont contribué directement, et sans droits d'auteur, à engraisser ton compte de banque. C'est du grand art. Tu as des couilles en or. Et les «amis de la CBC» peuvent être fiers qu'un chroniqueur au vocabulaire si riche ait une tribune payée par les contribuables. Vomissures... ça doit valoir pas mal de point au Scrabble, ça!

Juste de même, savais-tu, Don, que le lendemain de la chute du Mur de Berlin, un quotidien montréalais bien connu affichait en une les problèmes à l'aine de Patrick Roy? Oui, oui. «L'effondrement de l'Union soviétique ou l'entre-jambe de Patrick?», s'est demandé le chef de pupitre. Ben, c'est clair. Saint-Patrick, c'est plus important. Le hockey, ici, est une religion, n'est-ce pas? Même la faculté de théologie de l'Université de Montréal donne un cours sur notre déification de la rondelle. Chez nous, l'équipe est sainte, même si elle est en flanelle. Nous vouons collectivement à ce qui se passe sur une patinoire une fascination sans borne. Et nous en discutons jusqu'à plus soif et nous prions Saint Antoine de Padoue pour qu'il retrouve les clés de la gloire des Glorieux. Et, comme dans toute bonne religion, il faut un méchant. Un Ponce Pilate ou un Judas. Tu as compris cela... Petit diable, va. Et tu as compris que ce sale type, c'est encore mieux dans notre inconscient collectif s'il parle anglais et profère des insultes aux Québécois.

Don, tu constitues un service essentiel.

On a besoin de toi, Don. Les disciples ont besoin de toi pour donner à boire et à manger à leur obsession : celle de parler de notre sport national sous toutes ses saintes coutures. Tu es un exutoire, un catalyseur. Tu nous permets de nous insurger, de détester, de nous mobiliser. Tu t'offres à nous comme un martyr, tu tends l'autre joue, tu en rajoutes juste pour nous faire plaisir. Bref, tu constitues un service essentiel et cela explique sans doute que tu puisses agir en toute impunité.

Si j'ai pris la plume aujourd'hui pour t'écrire, c'est pour te remercier. Jamais n'a-t-on autant parlé de commotion cérébrale, et tout d'un coup je me sens autorisée à prendre part à cette conversation nationale d'une importance capitale. Je crois que je vais même téléphoner à Ron Fournier.
- Ron, j'voulais te dire, moi je suis contre la violence au hockey, parce qu'un coup sur la tête, c'est super poche! C'est un an de réadaptation dans une institution aux corridors blafards, la tête dans le cul.

Pis à part de t'ça, Don, il y a des rumeurs de coupures dans une compagnie où je suis ta collègue. Si ça avait effectivement lieu, j'aimerais ça m'associer avec toi pour vendre des cassettes des pires accidents de vélo, y compris le mien. Penses-tu qu'on pourrait faire du cash?

Réagissez sur le blogue de MSN Actualités

Toutes les chroniques de MSN Actualités