Aujourd'hui 14 juillet, les Français célèbrent le 222e anniversaire de la République.
Le 14 juillet est un peu la date où la France s'est accouchée d'elle-même pour renaître. Ce fut long, ce fut difficile, mais ce fut un succès.

Fête du 14 juillet, Arc de Triomphe

AP-Remy de la Mauvinière

Ce que vous fêtez aujourd'hui, c'est une nouvelle idée de la France, même si la France réelle est beaucoup plus que cette idée, et beaucoup plus vieille aussi.
Vous amorcez une 223e année chargée, qui sera peut-être l'année de tous les dangers et je vous souhaite de la chance - il vous en faudra.
Par le plus grand des hasards, 222 est le nom d'un narcotique puissant à base de codéine.
Comme je vous sens un peu groggy depuis quelque temps, je vous souhaite aussi de décrocher, de reprendre vos esprits et de vous retrouver.

Le défi Europe
Nous espérions tous que vous en étiez sortis, mais vous célébrez le 14 juillet sous le spectre de la pire crise que l'Europe politique a vécue.
C'est dommage parce que vous l'avez tant voulue, cette Europe. C'est même le pilier de votre «politique étrangère». Notez les guillemets, ici, car le projet appelé Europe vise à vous recomposer une nouvelle famille avec des voisins qui furent longtemps vos rivaux ou vos ennemis.
Ce fut une grande chose de vouloir une Europe qui rende la guerre impossible : il faut maintenant une Europe qui se veuille. Et ça, c'est autre chose.
Une grande idée, l'Europe, une grande expérience aussi, que vous avez amorcées de façon pragmatique en créant d'abord l'Europe économique, en espérant que l'économie forcerait la main du politique et de l'identitaire.
Vous êtes à ce moment charnière : la crise de la dette grecque, portugaise, espagnole, italienne force une crise politique qui amènera certainement l'Union Européenne à se redéfinir. Cela entrainera forcément des tensions.
J'espère que vous continuerez de vouloir l'Europe et que l'Europe continuera de se vouloir.

Le défi des présidentielles
Vous entrez également en année électorale : dans un peu moins de dix mois, vous aurez (peut-être) un nouveau président. Sinon vous aurez le même.
Maintenant que le train DSK a déraillé, tout peut arriver : le meilleur comme le pire.
Le pire, ce serait Marine. Le meilleur, ce serait : on ne sait pas. Ce ne sera sans doute pas Sarko, cette espèce de lapin Energizer, à moins qu'il ne vive cette année une épiphanie.
J'espère de tout cœur que la nouvelle donne annoncera un renouveau parmi les candidatures et qu'il en ressortira un véritable grand - homme ou femme - qu'on ne distingue pas jusqu'ici.
Mais cessons de rêver : je souhaite à tous les Français qu'ils se voient chacun comme président de leur France à eux, car vous faites toutes et tous la France. Vous êtes tous Marianne.
Par delà les pouvoirs de l'autorité suprême, il vous appartient à toutes de vous libérer de vos a priori et de refaire l'avenir.

Le défi des jeunes
Vous célébrez votre 222e anniversaire avec un beau cadeau. Votre taux de natalité est le meilleur d'Europe et aussi fort que celui des États-Unis. Si bien que vous mettez le pied dans l'avenir en sachant que vous serez la société la plus jeune d'Europe.
Cela augure bien, même si cela annonce des années agitées.
Mais je vous souhaite de trouver la recette pour régler le problème du chômage des jeunes, et en particulier celui de ces jeunes Français ayant des noms africains ou musulmans à qui on dit trop souvent, pour citer la chanson de Zebda : «Ça ne va pas être possible.»
On parle souvent des années 1975 à 2005 comme des Trente Piteuses, par allusion aux Trente Glorieuses de 1945 à 1975 où la France s'est réinventée. Et c'est vrai qu'entre 1975 et 2005, vous avez beaucoup fait du surplace.
Mais il faudra sans doute reconnaître que ces Trente Piteuses ne sont pas une fatalité : elles auraient été moins piteuses si la France n'avait pas gaspillé ce potentiel fantastique en mettant des bâtons dans les roues à tous ses jeunes.
Si chaque employeur prenait la résolution, demain, de courir un risque et d'embaucher un jeune à qui il aurait normalement dit : «Ça ne va pas être possible», la France ne se reconnaîtrait plus.

Le défi du vrai
Je vous souhaite de pouvoir vous contempler pour ce que vous êtes : une société prospère et dynamique, une société qui est encore un modèle, une société qui aspire à beaucoup plus que ce qu'elle est.
Car vous avez du cœur : c'est la qualité des Français que nous admirons le plus.
J'espère que vous saurez voir la France pour ce qu'elle est et que vous cesserez de donner du crédit à ceux qui vous flattent, mais également à ceux qui vous dénigrent.
Car je m'étonne toujours à quel point vous aimez entendre les prophètes de malheur qui font une critique outrancière et excessive de ce que vous êtes pour s'assurer des cotes d'écoute ou des ventes en librairie! Car ce n'est pas vrai que la France est en déclin, ni que votre langue est sans avenir.
«La France, ce n'est plus ce que c'était», entend-on trop souvent. J'espère bien! La France a changé cent fois, mille fois et elle est forcément en train de changer. Il faut qu'elle change sinon elle deviendra une France fossile, ce qu'elle n'est pas.

Le vrai 14 juillet
On oublie trop souvent que le 14 juillet célèbre un soulèvement populaire un peu raté, qui a vu la foule attaquer la Bastille, symbole du pouvoir arbitraire, certes, mais une prison vide.
C'était la dernière contraction douloureuse avant l'accouchement.
La République véritable est née trois semaines plus tard, dans la nuit du 4 août, quand le Tiers État abolissait les privilèges de la noblesse et du clergé.
Mais votre démocratie n'en est pas revenue et on a souvent l'impression que vous vous battez tous pour avoir des privilèges, des pouvoirs et des sinécures sur les autres citoyens.
C'est, à mon avis, ce qui bloque les jeunes.
Je vous souhaite donc de tout cœur, en ce 14 juillet, de ne plus attendre la réforme qui viendra d'en haut et de faire chacun votre révolution.

Jean-Benoît Nadeau

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Jean-Benoît Nadeau

Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Après six mois quelque part à l'ouest du Pecos, il nous revient de ce côté de la rivière des Outaouais pour parler de langue française, de ses filles, du changement climatique, de la bonne façon de préparer la choucroute et aussi encore des États-Unis, car nous sommes tous Américains.

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