Cette chronique inaugure un tout nouveau genre. Après les Québécois de Paris et les immigrés de Montréal, il était temps de s'ouvrir aux profils les plus intéressants, peu importe leurs origines. Alexandre Leclair a 19 ans, est originaire de Boucherville, travaille dans le e-commerce, est pirate informatique revendiqué et son histoire est édifiante à bien des égards.

Là où la plupart des enfants de 10 ou 11 ans se contentent d'avoir du fun avec un ordinateur dans le fond de leur chambre, Alex commence par démonter en totalité ses premières machines : «Je voulais voir comment ça fonctionnait et voir si j'étais capable de les remonter», se contente-il de dire en préambule. L'humilité ici n'est pas feinte, elle est juste la marque de quelqu'un qui pense sincèrement qu'il n'y a vraiment rien de compliqué à faire ça à l'âge ou d'autres ne comprennent pas le fonctionnement d'un grille-pain.

Alex

Photo: Antoine Hasbroucq

Seconde étape, côté software cette fois. A peu près au même âge, il fréquente un forum pour adolescents, comme le font des millions de kids. Seulement se choisir un avatar pour se promener dans un monde virtuel et chater avec les autres participants, lui, trouve ça beaucoup trop limité. Il va chercher de quoi se faire remarquer : «J'avais entendu parler de codes et de moyens pour faire des trucs que je trouvais cool à l'époque, écrire d'une couleur différente des autres, changer la taille de son avatar, marcher sur les murs...» Voilà comment le hacking vient aux hackers. Pour les gens que le mot terrifie, qui craignent pour leurs données privées, bancaires, la sécurité de l'État ou la morale de leur paroisse, qu'ils se rappellent comment tout ça commence la plupart du temps : un gamin qui veut avoir du fun en écrivant en mauve au lieu du noir : «Au départ c'était pour faire des choses que les autres ne savaient pas faire, avoir l'air cool», se souvient Alex. Le reste devient un peu plus ambitieux.

Il découvre rapidement que les enjeux de sécurité sur le net le passionnent. Avec un peu de temps, l'envie d'apprendre, et une prédisposition pour rester enfermé, il est difficile d'imaginer alors l'étendue du continent virtuel qui s'ouvre à lui : «Il y a une certaine forme d'excitation à cet âge-là à réussir à défaire des choses qu'ont faites des personnes deux ou trois fois plus âgées.»

Pour les Béotiens, pour ceux qui pensent qu'il n'y a qu'un seul moteur de recherche, pour ceux qui tapent avec les deux index, pour moi et pour tous ceux qui ne comprennent rien à ce qu'Alex peut faire sur le Net, il utilise une métaphore très simple : «Hacker des sites Internet et contourner leur sécurité, c'est un peu comme essayer de rentrer dans une voiture inviolable, avec des alarmes et des fenêtres blindées. On cherche à l'ouvrir par tous les moyens, jusqu'au moment où on trouve que personne n'a pensé à fermer le toit ouvrant...» Il le revendique aujourd'hui, Alex est un hacker. Il cherche ces défauts de sécurité dans tous les sites qu'il visite. Pourtant, comme il l'explique, ses intentions ne sont (presque) jamais malveillantes : «En général, il y a deux cas de figure. Le premier c'est que je parviens à m'introduire dans le site d'une compagnie ou d'un organisme que j'aime. Dans ce cas, je fais une petite modification sur le site, pour signaler mon passage. Ensuite je contacte la compagnie et je leur explique par quelle faille j'ai pu rentrer. Comme ça ils peuvent améliorer leur niveau de sécurité. Et puis il y a les compagnies que je n'aime pas...»

Il y a 4 ans, l'agence de communication et de publicité Provokat - aujourd'hui, Commun - est chanceuse, Alex aime leur travail. Il parvient à passer au-dessus de leur système de sécurité, il a alors 15 ans. Il fait connaître son intrusion et son identité au patron de la compagnie. Une correspondance avec lui commence. C'est alors que le boss fait preuve d'ouverture d'esprit. Plutôt que de vouloir étrangler le petit criss et de le souhaiter au cachot, il reconnait le talent : «Il m'a proposé de m'engager à 16 ans, à condition de poursuivre l'école en parallèle.» Voilà comment Alex commence dans la publicité à l'âge où votre mère vous sermonne encore pour l'état de votre chambre.

Depuis, Alex évolue dans le monde professionnel, celui des adultes, souvent plus âgés que lui, mais comme il le dit «une fois que les gens réalisent que le travail est bien fait, la barrière de l'âge tombe.» Écouter la jeunesse en s'en remettant à son talent, se dire que dans un monde qui devient de plus en plus petit, alors que le temps semble s'accélérer de plus en plus, elle a peut-être une nouvelle place à trouver, une idée inspirante qu'il serait sans doute bienvenue d'appliquer à tous les niveaux de la société.

Et pour tous ceux qui n'ont pas trouvé cette personne capable de voir au-delà des idées reçues, cette oreille attentive, qu'ils se répètent cette phrase de NTM comme un mantra : «Le monde de demain quoi qu'il advienne nous appartient. »

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